Après ? Rien. Circulez, y a rien à voir. Rentrez chez vous, gentils pèlerins grelottants, la messe est finie. Ite missa est. Car ce qu'il y a de plus étonnant, de plus constant, de plus consternant, c'est que – de prêchi-prêcha en autosuffisance pontifiante, de scandales à l'étouffée en mea culpa en mondiovision – cette Eglise-là n'a nullement l'intention d'aller au fond du problème pour déceler en son Sein des Seins ses propres « dysfonctionnements » comme on dit (parabole du caca sous le tapis) pour mettre en œuvre les remèdes appropriés et enfin efficaces. Car il ne suffit pas de stigmatiser des déviances individuelles, de tendre un kleenex à papa et maman ou de trouver de providentielles biques émissaires (pardi, les homosexuels !). Encore convient-il d'examiner les présupposés anthropologiques et les aléas historiques qui ont fait de l'Institution Catholique (singulièrement l'ordre des clercs) un mastodonte inadapté générant ses propres paralysies et ses propres débordements. Un peu comme les diplodocus qui finirent par disparaître du fait de leur inadaptation à l'environnement. Qui peut nier que la courbe exponentielle des crimes sexuels dans l'Eglise sous toutes les latitudes a quelque chose à voir avec une crise identitaire profonde et mal gérée – pour ne pas dire surgelée – depuis des décennies ? Car une religion inhumaine et névrogène qui s'autoproclame pourtant « experte en humanité » et qui diabolise désir et plaisir tout en niant l'identité sexuée de certains hommes – son exigence profonde et sa valeur – au nom d'un célibat de type sabbatique ne peut récolter que mal-être, déviances et scandales à répétition. Et la Grâce de Dieu – ni les sanglots – n'y pourront mais ! Car sur le terrain, la réalité est tout autre, autrement cuisante et préoccupante : tant de curés aujourd'hui mal dans leur peau, désenchantés, déprimés, alcoolos, maritalement consacrés, pastoralement surmenés, socialement inutiles, vainement héroïques comme les derniers des Mohicans… Les quelques fringants petits abbés restaurateurs en clergyman propret et qui bêlent « Alleluia ! Jésus revient ! » ne doivent pas donner le change. Quant au problème sacerdotal, au-delà des trémolos vertueux et des JMJ bon enfant au pays des kangourous, la question cruciale demeure celle-ci : y aura-t-il donc toujours prescription pour crime de non-assistance (hiérarchique) à prêtres mutilés ?

Car ce qu'il y a de terrible, j'y reviens, de terriblement pervers et révoltant, c'est que cette Eglise-là semble s'obstiner à proclamer urbi et orbi : faites ce que je dis, ne faites surtout pas ce que je fais ! Par exemple, cette autre contradiction flagrante : à Sydney encore, devant ses milliers de fans transis, Benoît XVI a dénoncé, de la même voix virile et musclée, « le gaspillage des ressources de la planète ». Bravo ! Bravissimo ! Mais le Souverain Poncif s'est-il d'abord préoccupé du coût exorbitant (en maintenance et en carburant) du transport par les airs de son monstrueux carrosse blindé ? A-t-il seulement calculé que pour venir l'écouter, chacun de ces jeunes (la plupart, guère friqués) avait parcouru en moyenne 10 000 kilomètres d'avion, émettant ainsi collectivement 250 000 tonnes de CO². Sans parler des 2 à 300 millions d'euros dépensés pour ce coûteux festival en plein air ! 250 000 tonnes de CO², c'est ce qu'émettant 200000 paysans du Sahel pendant un an ! Là est le scandale, là est l'urgence de la conversion évangélique. Pour le reste, des mots, toujours des mots…

Car Ieschoua, le prétendu fondateur du christianisme (qui est d'ailleurs au Christ ce que le chauvinisme est au chauve !) l'avait, lui, bien compris : il ne paradait humblement que sur un bourricot, se laissait verser du Chanel n°5 sur les orteils par une pute de haut vol et renversait les comptoirs des épiciers véreux sur l'esplanade de Lourdes, pardon, de Jérusalem. Il s'écriait alors, avec de la fureur plein les yeux et des sanglots dans la gorge : « Race de vipère ! Sépulcres blanchis ! Vous avez fait de la maison de mon Père une caverne de voleurs ! Quant au sabbat, ne savez-vous pas qu'il a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat ? » Puis il prenait des enfants dans les bras. « Malheur à celui qui tripotera un seul de ces gosses ! Il vaudra mieux pour ce salopard qu'on lui attache aux pieds une meule de moulin et qu'on le balance à la mer ! » Et le jeune rabbi palestinien ajoutait aussi, en regardant tristement Simon, le vigoureux marin pêcheur et premier futur pape : « Avant que le coq chante, toi, tu m'auras renié trois fois. »


C'était mon sermon dominical, tôt ce matin (la hargne m'avait réveillé) et du coup, je me sens mieux, prêt à dévorer mes tartines ! Mais peut-être, auparavant, retournerai-je au lit où il m'appelle : quoi qu'en dise Benedetto, les galipettes, c'est rudement chouette !