VIVENT LES VACANCES !
mardi 8 juillet 2008. Lien permanent
« Vivent les vacances, à bas les pénitences, les cahiers au feu, le maître au milieu ! » Quand j'étais à l'internat, j'attendais tellement les grandes vacances que je barrais les jours qui me séparaient de ce qu'on appelait tous alors, sans grande poésie, « la quille ». Aujourd'hui, les congés d'été m'insupportent tant que je n'ai à nouveau qu'une envie : biffer les jours torrides et plats pour qu'arrive plus vite la rentrée. Quel oiseau de liberté suivre alors ?
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize...
Répétez! dit le maître
Deux et deux quatre
quatre et quatre huit
huit et huit font seize.
Mais voilà l'oiseau-lyre qui passe dans le ciel
l'enfant le voit
l'enfant l'entend
l'enfant l'appelle:
Sauve-moi joue avec moi oiseau!
Alors l'oiseau descend
et joue avec l'enfant
Deux et deux quatre...
Répétez! dit le maître
et l'enfant joue
l'oiseau joue avec lui...
Quatre et quatre huit
huit et huit font seize
et seize et seize qu'est-ce qu'ils font?
Ils ne font rien seize et seize
et surtout pas trente-deux de toute façon
et ils s'en vont.
Et l'enfant a caché l'oiseau dans son pupitre
et tous les enfants entendent sa chanson
et tous les enfants entendent la musique
et huit et huit à leur tour s'en vont
et quatre et quatre et deux et deux
à leur tour fichent le camp
et un et un ne font ni une ni deux
un à un s'en vont également.
Et l'oiseau-lyre joue
et l'enfant chante
et le professeur crie:
Quand vous aurez fini de faire le pitre!
Mais tous les autres enfants écoutent la musique
et les murs de la classe s'écroulent tranquillement
Et les vitres redeviennent sable
l'encre redevient eau
les pupitres redeviennent arbres
la craie redevient falaise
le porte-plume redevient oiseau.
Jacques Prévert, Page d'écriture, Paroles, Gallimard
