En fait, depuis le début de mon "abonnement (re)découverte" il y a un an, en version papier, je ne suis jamais parvenu à entrer dans ce Temple de la culture contemporaine, un peu comme, lorsque j'habitais Paris (jusqu'en 2022), je ne parvenais plus à fréquenter ces Temples de la consommation que sont Décathlon, la Fnac ou Ikea : trop d'offres trop de produits, trop de tout ! Donc de n'importe quoi, jusqu'à la saturation et au haut le coeur à répétition. Jusqu'à l'effroi devant trop de godasses ou de bouquins. Ah ! Ces piles de Nike ou de Da Vinci Code ! Une seule issue : la fuite. Ou plutôt : ne plus jamais m’aventurer en ces mauvais lieux, ne plus jamais me faire piéger, ne plus jamais suivre docilement le labyrinthe soigneusement fléché, commercialisé et prédigéré.
TELERAMA, c'est un peu pareil. Trop d'offres culturelles, trop de spectacles essentiels, trop de livres incontournables, trop de blabla convenu, bien-pensant, souvent moralisateur — en fait trop d'injonctions médiatiques déguisées en "propositions" culturelles enfouies dans une sorte d'étouffe-chrétien de la culture de masse... pardon, de classe ! Avec ce patchouli qui persiste depuis tant d'années : bobo & écolo. Et féministe, cela va sans dire ! Ecœurant trio.
Et dire que lorsque j'avais 15 ans, dans les années 60, j'étais fou de cet hebdomadaire qui ne s'appelait pas encore TELERAMA et était en noir et blanc, comme l'ORTF et le récepteur ventru de pépé ! Déjà, j'étais agacé par la cotation très catho des films (depuis "pour tous" jusqu'à ce "à proscrire" qui me fascinait et me troublait délicieusement). Plus tard, je fus agacé par des retournements de veste, mon hebdo sacrifiant allègrement Richter à Harnoncourt ou faisant la fine bouche, plutôt la fine oreille, devant ma diva Gundula Janovitz que Callas était censée éclipser ou n'en pinçant que pour la dite Nouvelle Vague, ou encore moquant les divines lenteurs d'un Klemperer ou les langueurs fracassantes d'un Mahler qui n'était pas encore à la mode. Pourtant, Siclier et Trémois, quelles signatures ! C’étaient mes talismans. Ainsi, en achetant régulièrement mon précieux hebdomadaire, en faisant relier chaque année ma précieuse collection (avec un zèle fétichiste : couverture de chaque volume en suédine cramoisie et, sur la tranche, des chiffres romains dorés pour indiquer l’année du cru), “ mon ” Radio -Télévision-Cinéma sacrait, semaine après semaine, mon intelligence forcément supérieure à la moyenne (mes grands-parents, eux, lisaient Télé 7 jours) et ma passion dévorante pour le 7e Art, et ce, pendant plusieurs années d'affilée. Bref, j'étais un fan absolu, accro comme on dit aujourd’hui, pas encore critique, pas encore gavé, pas encore inculturé.
Quelque soixante ans plus tard, sans en être totalement convaincu (tant nous sommes tous médiatisés, surinformés, manipulés), en me désabonnant de TELERAMA, je ressens la douceur d’un répit, le soulagement d’une cure de désintoxication bien engagée, également la savoureuse illusion de déserter une illusoire élite (de gauche ?) et de redevenir un peu plus léger, un peu plus autonome, un peu plus incorrect. Regrimper en enfance, quoi !
À bientôt 80 ans, il était temps, non ?

