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lundi 28 novembre 2022

INDIVIDUELLE MONSTRUOSITE ET IMPUISSANCE INSTITUTIONNELLE

Les lignes qui suivent sont celles d’un vieux jeune homme de 75 ans qui n’est plus catholique ni même croyant mais qui, vu son passé, ne peut rester indifférent aux soubresauts – plutôt à l’immobilisme – qui caractérisent l’Église, singulièrement en France. En ce qui concerne les scandales liés à une pédophilie endémique, voici 8 pistes de réflexion. Elles sont schématiques et forcément subjectives, en rien paroles d’Évangile !

1/ Dans toute vie humaine, de 9 à 99 ans, le sexe est important, omniprésent, gratifiant, souvent innocent. Mais il peut engendrer des faux-pas voire des crimes quand un individu se préfère et lèse autrui. Il lui revient alors de le reconnaître, de réparer, si possible de s’amender.

2/ Il existe d’autres défaillances humaines qui ne sont pas sexuelles. Sans parler des vols, des malversations financières, des calomnies, etc. certains mots peuvent tuer, certains silences, certaines attitudes froides, indifférentes, déshumanisantes… À chacun de s’examiner, de voir au rétroviseur la poutre dans ses propres prunelles avant de crier haro sur le baudet.

3/ Il existe aussi des « crimes sans victimes » (gestation pour autrui, IVG, euthanasie…) pour lesquels telle ou telle société humaine – et son Droit – se positionne, précise, voire sanctionne, pour un temps donné, pas éternellement, car, pour la conscience comme pour la biologie, la seule loi possible est celle de l’évolution et de l’adaptation au réel hic et nunc.

4/ Quoi qu’en disent les modes changeantes, les revirements de l’opinion, les soubresauts de l’Histoire, les soubassements anthropologiques ou sociétaux forcément divers sur notre petite planète, etc. certaines catégories de faux-pas sexuels sont des « crimes sans victimes », ne nécessitant ni acharnement médiatique, ni vendetta (ecclésiastique), ni tardif battage de coulpe (épiscopal), ni chasse éperdue à de pauvres vieux ploucs émissaires. Car ce qui prime n’est pas l’opinion publique voire ecclésiastique, pas même le délicieux supplice du prurit victimaire, mais bel et bien la voix de la conscience personnelle et l’intime conviction.

5/ Vu de l’extérieur, ce qui reste de la « société catholique » (cette sécularisation demeurant selon moi une bonne nouvelle) ne me semble ni sain ni prometteur. Car, après avoir été hypocritement niée pendant des décennies voire des siècles, la sexualité humaine – et ses défaillances, avec ou sans victimes – est surexploitée pour que l’institution se refasse une virginité ! Mais dans les faits, rien ne change : à un Dieu mâle, des officiants mâles. Et le sexe demeure l’obsession majeure et le suprême interdit.

6/ Quant à Jésus – Christ ou non – que j’ai délaissé, non sans nostalgie, je plains ses disciples d’hier et de toujours car ils resteront pris entre deux feux, le plus souvent otages, coincés entre deux paroles contraires (si tant est que l’exégèse ne soit pas manipulatrice voire réductrice !) : soit attacher une meule de pierre au cou de ceux qui ont scandalisé ces petits (?)… soit pardonner, non pas une seule fois, mais soixante dix fois sept fois !

7/ Or, à mes yeux d’ex-prêtre désintoxiqué, l’Église ne sait toujours pas pardonner à la manière de son « fondateur ». Elle ne sait pas non plus se réformer de l’intérieur car ses instances dirigeantes sont incapables de briser puis de reconstruire à neuf le vieux socle anthropologique devenu vermoulu, névrogène, mortifère. On se rappelle ce qu’Il disait de l’eau vive versée dans de vieilles outres…

8/ Pour finir, afin de faire de son passé son bon pain quotidien, chacun se voit renvoyé à sa conscience, à sa lucidité, à son humilité, à sa propre réconciliation avec soi-même… Et aussi à cette lucidité fondamentale : tout bipède est un être prématuré, malhabile à vivre et dévoré de rêves. Car nous ne savons toujours pas (nous) aimer. Telle est hélas la tare naturelle de l’humanité et l’individuelle monstruosité.

dimanche 16 octobre 2022

FEU MA « COLOC ARC-EN-CIEL »

FEU MA « COLOC ARC-EN-CIEL »

Un itinéraire d'élucidation et de déconstruction

Il est des êtres rapides, incisifs et réactifs – ce qui n’est pas nécessairement une marque de génie, encore moins de superficialité. Il en est d’autres plus lents, plus pondérés voire retardataires – ce qui n’est pas forcément un signe de réflexion et de mûrissement. Nettement, l’auteur de ces lignes fait partie de la seconde catégorie.

Si certaines bifurcations de ma vie furent relativement rapides (je n’ai mis que 5 ans pour m’échapper du piège clérical), il m’aura fallu une vingtaine d'années d’expérience conjugale (avec procréation obligée) pour admettre que ce statut ne correspondait pas à mon identité intime, et donc qu’il fallait en sortir en divorçant et en ritualisant à la cinquantaine l’incontournable coming-out. Après une décennie de fierté exubérante, grosso modo depuis 2007, me voilà entré dans la longue période de déconstruction identitaire et de sortie de la nasse homosexuelle. Parmi les étapes de ce processus, pas forcément confortable, la renonciation à un projet d’habitat partagé labellisé Grey Pride aura constitué un moment fort de rupture et de réappropriation de moi-même, qui prend, avec mon emménagement en région, des allures de dégrisement voire d’exode plus que d’exil : davantage que la pollution urbaine et l’inconfort du métro, la fin volontaire des mirages du vieillissement heureux et de l’enfumage idéologique qui va avec. Oui, il m’aura fallu presque trois (!) années pour comprendre et admettre à quel point ce type de colocation arc-en-ciel censée remplacer les funestes Ehpad (grosso modo, de vieux pédés se regroupent à 4 ou 5 pour finir leurs jours dans l’harmonie, la fraternité et la solidarité) est une fausse piste, une impasse, voire une arnaque, tant le concept censé être révolutionnaire est rétrograde, irréaliste et pour finir coercitif (avec sésame d’un « sachant » psy et moult week-ends de formation !). Bref, mon parcours d’élucidation et de démission, tel est l’objet de cette contribution, étant entendu que ce n’est qu’un point de vue subjectif, donc forcément partiel et partial.

En novembre 2019, je rencontrai Richard B* au centre LGBT de Paris pour lui confier mon désir d’intégrer une colocation affinitaire. Il m’assura qu’un tel projet était en train de prendre corps. Suivirent plusieurs péripéties, coloc 1… coloc 2… beaucoup d’attentes et de déceptions. Et de fort sympathiques rencontres ! Bref, le temps a passé. Trop de temps et trop d’attente vaine. Mais un délai de deux ans et demi somme toute utile car, après mûre réflexion, je décidai, presque soudainement, en juin de cette année de prendre du recul et de faire un break. D’une part, plus que jamais, je devais m’assurer que mon projet personnel était sûr, réfléchi, en cohérence avec mon évolution, un projet non pas idéologique, mais réaliste et viable. D’autre part, il fallait être certain que ce projet personnel pût être relayé et étayé efficacement par Grey Pride, l’association qui monte et fait feu de tout bois. Peut-être se pouvait-il que la fameuse « coloc » affinitaire, toujours en attente de labellisation ainsi que d’une expérience probante dans le 9ème arrondissement, était indument idéalisée ou idéologisée, ne correspondant plus à la réalité factuelle ni à mon orientation personnelle quant à ma conception d’une colocation entre seniors. Mais comment expliquer un tel hiatus ? Comment admettre qu’au fil des jours je me sois senti à ce point démotivé, sceptique, déphasé… comme dégrisé ?



En réalité, me concernant, les faits sont bel et bien là : depuis une dizaine d’années, surtout depuis ma tribune parue dans Le Monde le jour même de la gay pride 1 , je me suis mis en marche vers une assomption et une revendication personnelle d’ « indifférence ». Car “ma profession de foi” (blasphématoire ?) dans la presse de l’époque n’a pas pris une ride ! C’est peut-être moi qui ai (mal) vieilli, qui suis rentré dans le rang, par conformisme, par lassitude, par besoin de sécurité, peut-être à cause d’un virus idéologique masqué et inoculé dans mon naïf prêt-à-penser. Pourtant, si je prends la peine de réfléchir, d’observer, aussi de me sonder, de me remettre en question, de reconnaître piteusement mon déficit de militance et mon narcissisme hédoniste…, oui, aujourd’hui encore, en équilibre instable sur le prétendu socle sur lequel je croyais m’être glorieusement construit à la fin du siècle dernier, eh bien je continue de me défier de « l’essence » de l’homosexualité, de la consistance d’une pseudo « communauté », de la survalorisation d’une prétendue Culture gay, etc. Et de toute militance bruyante, parfois hargneuse, toujours axée sur les « droits », rarement sur les « devoirs » et, sur le qui-vive, cédant si souvent au prurit de la victimisation : ça fait tellement du bien de se gratter jusqu’au sang ! Même si je sais avec Didier Eribon, qu’on n’est jamais gay une fois pour toutes ! Mais est-on gay ? Est-on hétéro ? Est-on trans ou doit-on à tout prix le devenir ? “Identité” impalpable autant qu’irréalisable… Identité peut-être plus historique que personnelle. Assignation sociologique plus qu'enracinement intime. Davantage affichage social qu’authentique prise de conscience d’un “moi” qu’il faudrait à tout prix devenir et revendiquer urbi et orbi. Sans doute est-ce la maturité qui permet de relativiser et de déconstruire. C’est en tout cas ce que j’éprouve de plus en plus, ce qui m’apaise, ce qui m’unifie et m’individualise… tout en m’universalisant !



Pour en revenir au projet de colocation proposé et porté par Grey Pride, et dans le prolongement de ma prise de conscience, il m’est apparu de plus en plus clairement que l’avenir n’est pas, ne doit pas être, au repli identitaire ni à une forme de « communautarisme domestique ». Du moins en ce qui concerne mon propre devenir. Mais ça n’a rien à voir, se récrieront les zélés promoteurs ! Désolé, mais j’estime réel ce risque endogamique, accentué par l’obsédant mantra du “vieillissement omniprésent, lucide et responsable”, un rétrécissement qui, selon moi, n’est pas exagéré, peut-être inhérent à un concept annoncé pourtant comme révolutionnaire. Or moi, je n’y crois plus et, en réalité, je m’en défie. Bien sûr, ce projet qui se veut pionnier, à mon avis déjà daté voire rétrograde, — ce projet auquel pourtant j’ai tant cru et dans lequel j’ai tant investi en temps, en énergie, peut-être en… rêveries romantiques ! — ne minimise ni n’annihile la militance des uns et des autres, encore moins le dynamisme neuf de l’association Grey Pride. Vraiment du beau boulot et une vitalité probante. Dont acte. Et pourtant, ce projet-pilote, cet entre-soi, pour ma part, non, je ne le sens plus, je ne m’y retrouve plus, je ne parviens plus à m’y identifier ni à me motiver pour mon futur…



Bizarrement, je m’explique mal comment peu à peu le doute s’est insinué en moi, a gagné du terrain… Je me sentais pourtant si sûr, si péremptoire, si lyrique, si combattif ! Si appliqué à rédiger une Charte fondatrice ! J’étais pourtant bien placé pour savoir la dangerosité des dogmes et autres crédos gravés dans le marbre… Ce que je sais aujourd’hui, c’est que depuis le printemps dernier, tout in petto me révulsait et protestait en silence : NON MERCI ! Plus pour moi ! Pas de différence estampillée, pas d’assignation à résidence, encore moins de réserve de vieux Iroquois ! Une telle défiance fut sans doute nourrie par la déception, les défections et un interminable accouchement qui, on le sait, provoque parfois quelques lésions.

Juin 2022 a aussi servi de catalyseur et de détonateur, suite à une succession de couacs : l’incontournable et insupportable « mois des Fiertés » (Ma seule “fierté ” minuscule est de ne pas avoir honte, – non d’une pseudo identité ontologique – mais de mes préférences sexuelles.)… un mot d’ordre (trans) pour la marche rageur et indigne (« Nos corps, nos droits, vos gueules ! »)… trop de logorrhée tapageuse, parfois agressive, forcément inclusive et absconse (LGBTTQQIWAPZT+ etc.) … une commission Habitat léthargique, une coloc-témoin peu lisible et donnant plus l’envie de décamper que de s’agréger… des candidatures fantomatiques, une surmédiatisation inappropriée, diverses tergiversations… bref, tout ça accumulé… cette usure devenue insignifiance voire méfiance n’a fait que mûrir ma décision de me retirer du projet de colocation affinitaire porté par Grey Pride. Courage ! fuyons. Car mieux vaut s’éloigner et la boucler. Plutôt que risquer de devenir amer, injuste… ou, pire, homophobe !



Si je dois persévérer dans mon projet de colocation, hors de la région parisienne (y rester serait un second anachronisme !), il ne pourra désormais se déployer que dans le cadre d’un habitat partagé senior mixte et indifférencié, ni typé ni genré, la sexualité des un•e•s et des autres (ce qui en reste à cet âge !) ne constituant qu’un épiphénomène, un caractère privé, en aucun cas un pedigree coagulateur et fondateur.



Pour finir, cette perplexité : en retirant, en juillet 2022, la mort dans l’âme mais la joie au cœur, ma candidature « historique » à l’habitat partagé, en renonçant à mon rôle de « sergent recruteur » de la coloc 2, plutôt que renier mon credo de 2007 — certes trop pompeux et tonitruant pour être tout à fait honnête ?! — peut-être ne fais-je après tout qu’y revenir aujourd’hui et lui redevenir fidèle, mais cette fois lucidement, humblement, en faisant profil bas… sans taire toutefois ma revendication, mon combat, ma seule fierté revendiquée :



« (…) Parvenir enfin à l'indifférence. Consentir à l'insignifiance. Gommer l'appartenance. Ce pour quoi, émasculant les mots imbéciles et fuyant les flonflons, je hurle au silence comme un bâtard galeux : "Né-ga-ti-vons et rentrons chez nous ! »



Aujourd’hui, loin de Paris, je suis rentré “chez moi” qui, en fait, est un ailleurs. Ne sachant pas d’avance comment je m’y enracinerai, ni comment je vieillirai. Peu importe. Évidemment pas seul ni sans solidarité ! L’essentiel fut pour moi de trancher, de renoncer, d’adhérer à ma petite vérité, de m'y réajuster, de m’y loger, le plus anonymement et le plus sobrement possible. Small is beautiful et "Pour vivre heureux, vivons cachés". Loin de la foule, loin des modes, loin des slogans, des luttes et des mots d’ordre ! Basta. Avec au cœur cette intime conviction : finalement, qu’on soit lent ou rapide, prophétique ou retardataire, réformiste ou conformiste, qu’est-ce qui vaut mieux, qu’est-ce qui est le plus important pour aujourd’hui et pour le long terme : le ralliement paresseux aux congénères ou bien l’ombrageuse adéquation à soi-même ? À chacun de répondre. Et de se positionner vaillamment en conséquence.

En admettant d'abord que chaque humain, que chacune et chacun d’entre nous, bouge, change, évolue... doit donc se repositionner, mais jamais avec regret ni amertume ni la stupide impression d'avoir régressé ou trahi car, qui que sous soyons, quand nous scrutons nos vies dans le rétroviseur de la mémoire, nous devons nous efforcer de ne jamais nous condamner nous-mêmes a posteriori, nous fiant encore et toujours à la sincérité et au courage de notre présent d'autrefois.

''Écrit à Boulogne-Billancourt le lundi 4 juillet 2022, le jour de mes 75 ans. Et joyeusement ratifié le dimanche 16 octobre 2022 à Périgueux.''


1 https://www.lemonde.fr/idees/article/2007/06/29/bannieres-et-ostensoirs-par-michel-bellin_929606_3232.html

mercredi 12 octobre 2022

PEUT-ON TOMBER AMOUREUX D’UNE VILLE ?

J’ai narré brièvement tout ce qui m’a fait fuir la région parisienne (Cf. Bye bye Paris). Aujourd’hui, d’emblée et sans ambages, je pose cette question : même si le sexe de mon jeune amant reste le fleuron de cette cité, peut-on, d’une manière globale et moins connotée, tomber amoureux d’une petite ville de province ?

Sans hésitation, je réponds par l’affirmative. Bien sûr, c’est impalpable, indémontrable, une sorte d’équilibre diffus, d’environnement pacifié, de légèreté durable. Je pourrais évoquer les produits frais, savoureux, moins onéreux, acquis sur de petits ou plus grands marchés pratiquement quotidiens ici. Je pourrais par des mots tenter d’évoquer plus de calme, plus de silence, plus de vie sociale pacifiée sinon enjouée. Je pourrais aussi évoquer plus de visages avenants, y compris commerçants. On prend ici le temps de se saluer, de se parler, de s’écouter. Se dégage surtout une forme de calme bon enfant, de petitesse bienvenue. Car oui, ici, tout est à petite échelle, tout semble paisible,moins pressé, moins motorisé, surtout dans le quartier historique que j’ai élu. Je ne connais rien de la périphérie, sans doute moins poétique, et ne suis pas du tout pressé de m’y aventurer. On dit aussi les transports en commun médiocres, la gestion des ordures calamiteuse, les SDF omniprésents, bref, rien de tentant dans cette « ville de vieux ». Mais je ne m’attarde pas à ces défauts, je n’évalue que mon ressenti, mon cœur moins oppressé, ma respiration plus ample, mes regards décillés et comme lessivés de trop de bipèdes et de trop de béton, ma manière désormais plus légère, plus humaine, de me déplacer, de commercer, de me distraire, de m’endormir, et de m’éveiller, bref, de vivre. C’est une sorte de respiration douce et ample, avec son lot quotidien de menues surprises provinciales que je transforme illico en immenses plaisirs ingénus, parfois drôles. Car, on me l’a souvent répété, oui, je suis un grand naïf qui ne se méfie de personne et s’émerveille de petits riens dérisoires. Certes. C’est ainsi. Je m’aime ainsi. Car, à mon avis, petites ou immenses, il n’existe pas de villes idéales. Il n’y a qu’un endroit assorti ou non à celle ou celui qui l’habite. C’est comme un vêtement où l’on se sent à l’aise. Et cet équilibre, cette harmonie, cette adéquation et cette conjonction valent bien tous les déracinements, tous les éloignements, tous les ensemencements. Et mon emménagement !

C’est donc ainsi que, fidèle au small is beautiful et au Pour vivre heureux, vivons cachés, compte tenu aussi de mon âme de « grand enfant » et de mon inclination à la frugalité heureuse, à l’équilibre entre l’individu minuscule et un habitat à sa mesure, à la proximité de la nature et du terroir, c’est donc ainsi et ici que je me sens désormais mieux, libéré, désaliéné, démédiatisé, démassifié… et que j’ai choisi de terminer ma vie en douceur et en beauté. En bonté aussi, j’espère. Et le plus longtemps possible, si Pouet-Pouet y consent !

mardi 11 octobre 2022

AMOUR SACRÉ, AMOUR CASTRÉ

Sur le chef vénérable du pape François sont vissées deux calottes immaculées, pour ne pas dire deux casquettes, l’une plutôt molle, l’autre rigide : celle du brave homme débordant de charité voire de compassion pour les personnes homosexuelles (« Qui suis-je pour juger ? ») ; celle du Pontife intransigeant, tenant et garant de la morale catholique à l’égard de celles et ceux qui persévèrent dans leur perversion irrémissible. En même temps que la charité pateline, l’invocation de la psychiatrie si essentielle pour canaliser les errances enfantines. Un partout. Et toujours dans la ligne de Benoît XVI qui – il ne faudrait jamais minimiser ni oublier ce scandaleux coup de force – a interdit le 31 août 2005 l’accès des Ordres Sacrés aux gays assumant leurs actes « intrinsèquement immoraux et contraires à la loi naturelle. »

Comme il se doit, l’exclusion en Église est toujours enrobée de douceur et d’empathie – aujourd’hui, de contrition. Il n’empêche, l’ordre règne à Rome. Puisque trop de pédophiles se sont infiltrés dans ses rangs, du fait de l’immobilisme névrogène de l’ordre clérical depuis quelque dix siècles, il est constant pour elle de débusquer des biques émissaires : les gays ! Ainsi, quand les pédophiles pullulent, les homos trinquent. Forcément ! Forcément logique : sous ce karcher à l’eau bénite – outre l’amalgame répugnant –, c’est toute la logique catholique qui est ainsi mise à nu quant au rapport de la Sexualité humaine (accessoirement l’amour) avec le Sacré (accessoirement la foi). En fait, tout procède toujours du même raisonnement, un raisonnement évident, massif, limpide : à un Dieu mâle, des serviteurs mâles ; à un Dieu pur, des presbytes purs ; à un Dieu Trinitaire et fécond en son Essence, une seule et même famille humaine féconde et hétéronormée. Trinité, dis-je, accessoirement secondée d’une déesse : Dame Nature, pas si bonne mère que ça ! Dès lors, comment le phallus (et ses pratiques supposées infamantes) pourrait-il devenir l’échelle de Jacob permettant d’accéder aux Saints Mystères par le truchement desquels le Corps christique – supplicié et sublimé – devient par transsubstantiation une pâle et molle hostie ? « L’Église, même si elle respecte profondément les personnes homosexuelles, ne peut admettre comme prêtres ceux qui pratiquent l'homosexualité, qui présentent des tendances homosexuelles profondes ou qui soutiennent ce qu'on appelle la "culture gay", car il s'agit d'une situation qui représente un obstacle aux relations correctes entre hommes et femmes. » Cherchez la femme ? Du côté de sa seule relation harmonieuse avec son homme (hétéro) ? Ce serait botter en touche. Cherchons à mon avis une explication plus subtile, entre Freud et Mircea Eliade, qu’on pourrait résumer de manière abrupte et imagée : puisque le Dieu chrétien ne bande pas, tout prêtre consacré ne peut être qu’un lévite asexué… à défaut d’être castré ! Ou symboliquement écarté. D’ailleurs, les homosexuels ne sont pas les seuls à être stigmatisés. On pourrait dire des choses très voisines concernant l’empêchement des femmes puisque, depuis des temps immémoriaux, les « servantes du Seigneur » ne peuvent accéder au sacerdoce à cause de leur sexe. Menstruations, pollutions, éjaculations… mêmes tabous, mêmes interdits. Là où le Sacré commande, le Plaisir débande.

Dans son livre « Contre Dieu » (Phébus, 1997), qui éclipse par sa sagacité et son humour la charge de Michel Onfray qui fit long feu, Alain Tête a bien analysé cette logique manichéenne. « L’amour profane et l’amour sacré, Eros et Agapè, sont incompatibles parce que l’un est faux et l’autre vrai. Dans l’un, le corps jouit. Dans l’autre, l’âme parle. (…) Que le christianisme soit hanté par le déni du phallus et que ce déni prenne la forme de l’Amour mystique, en sacralise la vérité, en fasse pour l’homme un devoir, resterait inintelligible si Dieu bandait. Mais nous savons que le dieu chrétien ne bande pas. Il aime. Dieu incarné mais dieu vierge, né d’une vierge, Jésus est le déni du corps sexué et le christianisme sa hantise perpétuée. En inventant un amour pur, le christianisme a brisé pour longtemps l’unité humaine puisque l’aimé a une âme avant d’avoir un corps. De là ce trouble spécifique que le christianisme a introduit dans le langage du sexe. Ne relevant plus de la fascination antique (regard d’effroi devant le « fascinus », pénis tumescent), l’amour profane est désormais une profanation. »

Or, le sanctuaire catholique ne tolère pas la profanation. Ni Pythie ni vestales. Les saintes femmes resteront donc sacristines ; les clercs, de (vieux) célibataires consacrés, évidemment asexuels, et les homos… de pauvres zozos ! D’ailleurs pourquoi le dicastère romain ne créerait-il pas à leur intention un nouvel ordre (mineur) : celui des jongleurs de Notre-Dame des Fleurs gambillant sur le parvis ad majorem gloriam Dei ?! Rions, mes frères, pour ne pas avoir à en pleurer. À ce propos, le génie ne consiste-t-il pas à fuser (!) tout en restant économe. Démonstration : Nietzsche. En quelques mots, il disait déjà la même chose qu’Alain Tête ou Michel Onfray, en plus condensé, en plus percutant : « Le christianisme a donné du poison à boire à Eros ; il n’en est pas mort, mais il a dégénéré en vice. » Nous en sommes toujours là. Rien ne change car rien ne peut changer dès lors que sont complices une anthropologie surannée et une théologie mortifère. En ces conditions, les papes se succèdent et c’est le même immobilisme. Le mal-être des clercs – les crimes d’une minorité – est de plus en plus dévoilé, et c’est la même consigne : « Circulez, il n’y a rien à voir. » Logique infaillible : puisque l’Institution catholique, s’autoproclamant « experte en humanité », a les paroles de la Vie Éternelle, rien d’étonnant à ce que le Dogme ancestral de l’homophobie soit gravé dans le marbre du Vatican in saecula saeculorum.

Ainsi, à défaut de pouvoir effacer de la surface de la terre le mauvais arbre qui fatalement ne peut porter que de mauvais fruits, eh bien ! que ses branches soient sciées ; les surgeons éradiqués ; les bourgeons froissés ; que toute promesse de vie, de tendresse mutuelle et de fécondité conjugale soit niée et annihilée puisque, tel le figuier, cet arbre de Sodome, de toute éternité, fut et reste maudit par Dieu.

J’ajoute encore ceci, non comme inutile provocation mais en guise de témoignage : ayant quant à moi goûté successivement à ces deux liqueurs (la première, combien amère !) – le déni du corps consacré puis la rédemption par l’amour (homo)sexué – ma religion est faite depuis longtemps et mon ivresse assumée : pecca fortiter ! Avec cette petite consolation – en fait immense et ardente : puisque, selon moi, le christianisme est au Christ ce que le chauvinisme est au chauve ou la calvitie à Calvi ! ma Foi, elle, reste sauve. Quoique hors-norme. La foi de nombreux gays aussi. Mais hors sol. Hors tribu bien-pensante. Hors catholicisme. Évidemment hors cléricalisme. Uniquement dans et par l’Évangile. Une sorte de spiritualité séculière, telle que la promeut l’ancien prieur (défroqué) de Bocquen. Et une morale minimaliste à la Ruwen Ogien : ne pas nuire à autrui, en aucun cas, tout en disposant librement de soi-même, de son propre corps, de son sexe. Avec cette confiance renforcée en celui (quelque part, un peu transgenre, non ?! Et passablement délirant car il s’imaginait être le confident et le fils du Très-Haut ! Mais il avait bon fond et c’est ce qui doit rester du « christianisme » fondé par Paul de Tarse : Jésus est cet Homme génial, doux, pacifique, poétique, fraternel, ami des petits et des sans-grades. ) Et j’aime à me souvenir et à croire que, depuis l’aube pascale plus tard mythifiée, ‘Isà le Magnanime continue d’accueillir, d’apaiser, de relativiser, peut-être de sourire tout en traçant des signes cabalistiques sur le sable car, murmurait-il sans juger, « il y a beaucoup de demeures chez mon Père. Sinon, pourquoi vous aurais-je dit que je vais vous préparer une place ? » (Jn 14, 1-2).

Une place pour nous tous ? Chic alors ! Et, pour le reste, que passe son chemin et s’efface au loin la procession des papes et autres imams et ayatollahs obscurantistes et pharisaïques ! Tous manipulateurs du divin, ennemis du genre humain, et certains, assassins.

vendredi 30 septembre 2022

BYE BYE PARIS

Trop de boucan Trop de gens Trop de béton Trop de stress Trop de bagnoles Trop de vélos Trop de trottinettes Trop de métro Trop de retards Trop d'incivilités Trop de grèves Trop de pubs Trop d'ennui Trop de solitude Trop de vie surjouée Trop de noir Trop de jaune Trop de blanc Trop d'arc-en-ciel Trop de faciès Trop de rastaquouères Trop de vains bipèdes Trop de canins Trop de faux amis Trop d'air anémié Trop d'eau encapsulée Trop d'aurores artificielles Trop de périf démentiel Trop de crépuscules néons Trop de petits cons Trop de bourgeois indifférents Trop d'intellos Trop de ridicules bobos Trop d’homoncules bios Trop de dogmatisme urbain Trop d'orgueil parisien Trop de faux-semblant Trop de vrai néant Trop de trop plein Trop de trop vide Trop de tout Trop de rien Trop, c'est trop ! Et moi en trop !

BYE BYE Paris !

Sans regret et sans merci.

Écrit le jour de mon bienheureux exode, le 1er octobre 2022.

dimanche 25 septembre 2022

A MON CENTURION (poème homoérotique)

''Un jour, ayant visionné le matin à la télé le défilé militaire aux Champs-Élysées, haletant, exalté, je composai d'une traite cette ode pornographique. En ce temps-là, j'habitais non loin de Paris... Ce poème enivrant, je le relis de temps en temps. Ou plutôt, puisque désormais nous sommes proches, définitifs amants aimantés, cette ode je la VIS jusqu'au délire.Nique et nunc. Car le sexe est une urgence sans raison, n'est-ce pas ? En ce dernier dimanche de septembre, en ce premier week-end passé seul en terre périgourdine, après ton bref passage hier et ton retour bientôt, je te dédie, cher Centurion, cet hommage à ta virile et si rassasiante présence. Que du bonheur et honni soi qui mâle y pense !

CHANSON MARTIALE

Chantons, en salves d'or, chantons Sous ma dextre câline Les fiers appâts de mon planton : ses roustons et sa pine.

Mon adoré, quel fier hoplite ! Sous le choc de sa hampe Mon désir parfois se délite Quand menace la crampe

Mais aussitôt son doux sourire Apaise mes alarmes. L'assaut de choc est miel et cire, Je ris et rends les armes !

Soit par devant soit par derrière, Épieu ou trou du cul, Mon amant est aussi rétiaire Dans l'arène invaincu.

J'aime guetter sous la résille le magique lombric qui s'éveille, forcit, frétille puis se dresse en aspic.

Son venin est inoffensif Laitance parfumée Que je lape, longtemps pensif. Très Sainte Verge aimée !

__Chantons, en bref distique séminal, chantons Les états de service de mon beau planton !__

jeudi 8 septembre 2022

" MARYLIN, CE NE SERA PAS POSSIBLE..."

La scène de passe dans un théâtre parisien à l'ancienne capitonné de velours cramoisi. Elle est là, à mes côtés, aussi irrésistible qu'invraisemblable, enveloppée d'un vison blanc démesuré, câline, enjôleuse, tentation platine qui m'étourdit. Je suis subjugué. Nous changeons plusieurs fois de place, elle l'exige, avant de nous laisser tomber dans deux sièges profonds. Enfin, nous pouvons nous laisser aller à la volupté. S'approche alors sa grande bouche vorace et, comble du romantisme, je sens soudainement qu' on (elle ?) me fourre un index dans... le trou de balle ! Plus navré qu'effaré, j'ai un recul nerveux et je laisse doctement tomber cette phrase désormais historique : " Marylin, ce ne sera pas possible... Je suis intégralement homosexuel." Aussitôt, sans transition, se superposant à la fuite outragée de la dame, cette scène gourmande : me voici en train de peaufiner amoureusement une énorme omelette norvégienne. Le maître-queux s'applique, peaufine, s'enthousiasme, tartine et retartine le chef-d'œuvre glacé d'abondante meringue, puis l'enfourne lorsque...

Je me réveille effaré !

Cinq heures du matin. Incroyable ! J'ai dormi sans interruption jusqu'à 5 heures ! La veille, chez mon ami fidèle, j'avais décidé d'être sobre et de ne plus prendre de somnifère pendant quatre nuits d'affilée, le temps de me refaire une santé avant ce déménagement qui me stresse délicieusement (enfin fuir Paris !). Bien m'en a pris : une nuit de rêve, sept heures de sommeil intégral, sans réveil inopiné, pas même une pause pipi ! Cela ne m'était pas arrivé depuis... Et il a fallu qu'un rêve, soigneusement noté ici, aussitôt, mot pour mot, sectionne le charme réparateur. Doux répit nocturne...

Jusqu'à ce qu'une bombe glacée aussi mythique que fantomatique interrompe mon havre, froufroutante d'hermine, de blondeur, de douceur...et de crème meringuée !

Il est six heures et Pau s'éveille.

vendredi 26 août 2022

QUEL ÂGE AS-TU ?

Est-ce si important ? S’il s’agit de l’âge ressenti, pas de l’âge de l’acte de naissance, oui, ça compte. Comme pour la météo. Personnellement, je me fie à mon indice d’âge réel. Psychologique. Émotionnel. Sentimental. Selon l’équation que j’ai mise au point et que je ne vais pas tarder à faire breveter.

En un mot, il s’agit d’__additionner 3 critères d’âge et d’en faire la moyenne.__ La seule différence avec la météo ressentie (phénomène du refroidissement éolien), c’est que le vent n’a aucune importance. Donc, tu peux faire le test, avec ou sans mistral, avec ou sans brise.

Je reprends : quel âge as-tu ?

Il te faut considérer trois âges. 1/ L’âge que tu as. 2/ L’âge que tu parais, qu’on te donne. 3/ L’âge que tu ressens, on peut dire : l’âge que tu t’offres.

Mais ATTENTION ! Les coefficients sont différents. Pour l’âge du corps, coefficient 2. Pour l’âge attribué par les quidams, plus ou moins bien intentionnés à l’égard de ton vieillissement programmé, c’est coefficient 1 (et c’est encore chèrement payé !) Enfin pour l’âge ressenti, coefficient 3.

BREF, TU ADDITIONNES TES DONNÉES PERSONNELLES ET TU DIVISES PAR 6.

Au vu des résultats, soit tu gazouilles car tu regrimpes en enfance. Soit tu as du souci à te faire car tu as pris ces temps un sacré coup de vieux.

Conclusion en ce qui me concerne : Pour un septuagénaire qui totalise trois quarts de siècle et qui quotidiennement fait sienne cette devise : « Je n’ai pas l’âge de mes artères mais celui de ma libido et de mon cœur », je me sens en pleine forme à 45 ans !

Maintenant, à toi de jouer…

Et j’ajoute cette autre maxime, pour faire bonne mesure, toujours avec ou sans vent : « J’ai attendu impatiemment de devenir vieux. Parce que cela pouvait être un moyen d’échapper à ce que les gens attendent de vous ». (Lars Loren)

Crois-moi, il n’y a vraiment plus de temps à perdre !

lundi 15 août 2022

L'ABERRATION DU CHRISTIANISME (bis repetita placent)

13 ans plus tard, en cette absurde Fête de l'Assomption - oú Marie, la Vierge-Mère, fut propulsée au 7e ciel en sa glorieuse carcasse, selon un dogme catholique aussi approximatif que tardif (1950) - de ma part, face à cette consternante superstition, la même hargne, la même conviction, la même euphorisante et hygiénique offensive !

Merci à ma Muse corruptrice.


L'ABERRATION DU CHRISTIANISME

Pour un athéisme intelligent et généreux

« Ce que je reproche le plus au christianisme, c'est d'ajouter à l'opacité du réel la niaiserie d'une explication. » Une fois passée la déferlante des bourdes papales (en attendant la suivante), une fois assourdies les éternelles chamailleries entre cathos progressistes et intégristes trisocomiques renvoyés dos à dos, mon aphorisme maison me tient encore plus à cœur et mérite ici de nouveaux développements afin de passer à la moulinette toutes les sornettes chrétiennes.

En premier lieu, on doit bien admettre que parmi les trois grandes religions, le christianisme aggrave son cas. Car si « Dieu » s'était contenté d'être YHWH, et Mahomet le prophète d'Allah, on laisserait volontiers chaque communauté régler ses comptes avec le divin. Mais voilà, Jésus est passé par là : Dieu s'est fait homme pour que l'homme se fasse Dieu (disait un Père de l'Eglise). Ni plus ni moins. Un Bon Dieu, passe encore, mais son rejeton ! Pure aberration génétique, illogisme consubstantiel. D'où ma consternation à l'heure où le catholicisme relève la tête : pourquoi donc adjoindre toujours le grotesque à l'absurde, la superstition de la lettre au ridicule de l'esprit ? À l'heure où la Pureté écologique tient lieu de nouveau dogme, comment ne pas souhaiter une salutaire marée noire dans cet océan d'eau lustrale et de guimauve spirituelle !

Car, Messieurs les Théologiens, parlons franc : n'y a-t-il pas de quoi pouffer quand on consent à redevenir un instant sérieux pour résumer posément votre excentrique équation : « Dieu » en personne, votre Eternel, Essentiel, Immatériel Dieu a donc envoyé sur terre son propre Fils pour racheter l'Humanité en perdition. CQFD. Et pourquoi pas sa bru ? O felix culpa ! (nous parlons de la Rédemption, pas de la dame.) En prétendant ainsi clôturer l'histoire des hommes, votre sotériologie a inventé une théologie de l'Histoire ! Votre Eglise a de fait capturé le devenir de notre planète pour en faire sa chose : la seule Histoire Sainte possible. Secte originelle (victime ô combien consentante de sa propre réussite), le christianisme - qui est au Christ ce que le chauvinisme est au chauve ou la calvitie à Calvi - s'est ainsi arrogé le droit du dernier mot et prétend le proclamer urbi et orbi en d'incessants sermons, discours et exhortations quand ce ne sont pas d'inflexibles restrictions morales concernant le sida, la fin de vie ou l'avortement. Sous la redondance moralisatrice, toujours l'éblouissant tour de passe-passe et la fascinante métamorphose : tel le catoblépas, cet animal fabuleux des cathédrales qui se repaissait de sa propre chair, la prétention de la Tradition catholique - et son absurdité - s'engraisse d'elle-même, indéfiniment, infiniment, impunément. Et nulle objection possible : l'Eglise aura forcément réponse à tout puisque « elle a les paroles de la Vie éternelle » ! Imparable logorrhée qui décourage toute contradiction car, dixit St Paul (qui, selon la même logique, s'est autoproclamé « l'avorton » tout en faisant main basse sur la jeune communauté balbutiante pour en faire « sa » chose et « son » combat), Dieu s'est servi de ce qui est Folie pour proclamer sa Sagesse à toutes les nations jusqu'aux extrémités de la terre. Paradoxe formidable, génial coup de bluff auquel communie le croyant depuis vingt et un siècles : en se rassasiant d'absence, il se gave de sens ! C'est ce qui advient dans l'eucharistie, non pas simple commémoration, mais logophagie. Que ce soit dans la main ou sur la langue, sur le parvis de Notre-Dame ou dans la plus humble paroisse de brousse, il s'agit bien pour le catholique fervent d'absorber une parole – le Verbe fait chair – de s'en gaver, de l'avaler au double sens du terme : bobard et hostie. C'est trivial et sublime. N'essaie pas de comprendre, crois seulement, abêtis-toi et… gobe. Transsubstantiation, y'a bon !

Que rétorquer à cette énormité chrétienne, sorte d'écœurant loukoum ? Encore un petit effort, semblent susurrer les âmes pieuses : qui n'aimerait pas être sauvé ? Ressuscité d'entre les morts ? Qui ne serait pas soulagé d'abandonner définitivement son corps sexué (donc pécheur, pouah !) pour devenir une âme immortelle, défaillante de félicité dans l'éternelle garden-party céleste ? Paradisiaque Parousie qui fait délirer les frustré(e)s. L'athée convaincu – dont l'intelligence est blessée – peut évidemment protester, contre-attaquer, démontrer, etc. À mon avis, c'est assez vain et épuisant. L'arme la plus forte, en définitive, plus fatale même que l'imprécation sacrilège, reste le rire, un rire iconoclaste dévastateur. Pimenté parfois de subtile ironie. Ironie déjà chez Pilate : « Qu'est-ce que la vérité ? » En tout cas plus la mienne, pas la vérité de la Croix en lieu et place du Phallus Pantocrator, pas l'emblème de la déraison chrétienne qui, depuis l'empereur Constantin et son étendard victorieux, prétend désormais désigner à l'Univers l'envers sublimé du réel : de maudite, la souffrance deviendrait rédemptrice et c'est sur un gibet que désormais devraient être à jamais crucifiées nos trop humaines passions. Face à l'« Ecce homo ! » (encore un mot de Pilate, décidément facétieux !), le Christ en Gloire des mosaïques byzantines. Revu et corrigé par la théologie, le prétendu Homme-Dieu retourne ainsi la réalité humaine comme un gant écorché : la souffrance est transcendée, le Destin défatalisé, l'homme divinisé. Nouveau contresens de l'Histoire scellé par le sang de l'Agneau. « J'ai versé telle goutte de mon sang pour toi… » parole sublime et très sotte que Pascal prête à Jésus-Christ. À ce stade, la foi n'est plus une indigeste pièce-montée mais un amas d'écœurants abats ! Foin de Sacré-Cœur, disons les choses plus simplement : ni plus ni moins que les autres religions mais d'une façon bien plus perverse, le christianisme n'aime pas l'humanité puisque la vraie patrie de l'homme est au Ciel et que la voie royale pour y parvenir est le chemin de la croix et la haine de soi.

En ce qui me concerne - puisque l'athée a aussi le droit après tout d'être témoin -, désormais joyeux athée à la mode de Prévert (A comme absolument athée, T comme totalement, H comme hermétiquement etc.), mon seul vrai regret n'est pas d'avoir défroqué trentenaire, non, mais de m'être éclipsé trop tôt car ce n'est pas en cinq ans ni même en vingt mais en quarante qu'on peut devenir un curé Meslier ! (On sait qu'en juin 1729 Jean Meslier, curé de la paroisse d'Étrépigny, laissa à sa mort une enveloppe contenant… le texte fondateur de l'athéisme et de l'anticléricalisme militant en France. On imagine la tête de ses ouilles qu'il édifia et bénit durant tant d'années !!!) Sublime vocation : avoir le front et la persévérance de s'enkyster patiemment dans la croyance pour mieux la dissoudre de l'intérieur, exténuer la foi moribonde sous le masque propret de la fidélité, s'autotransfuser le doute-à-doute mortifère nuitamment, obstinément, voluptueusement…

Aujourd'hui en tout cas, en mon âme et conscience, ma conviction est faite : « Dieu » est une hypothèse inutile, les religions, des mystifications mortifères, dangereuses et démobilisatrices et l'Incarnation chrétienne, une irrationalité grotesque et inhumaine. Place donc à un athéisme intelligent et généreux qui est une voie difficile, ô combien difficile et en même temps exaltante. D'ailleurs n'est-il pas urgent d'inventer un nouveau qualificatif positif et mobilisateur qui effacera à jamais tous ces préfixes privatifs défigurant notre humanisme et notre éthique (athée, incroyant, apostat etc.). Certes, celui qui réfute toute transcendance n'est pas, par définition, subversif, encore moins prosélyte, mais dans un monde dominé par le retour intempestif et bruyant de l'obscurantisme religieux, il le devient. Il a même à opérer d'urgence une sorte de coming-out pour proclamer dorénavant haut et fort ses lettres de noblesses et sa feuille de route : non plus un frileux agnosticisme mais un vigoureux athéisme énoncé en termes positifs, qu'ils soient savants ou familiers : MÉCRÉANT, DÉICIDE ou THÉOCLASTE ! Le proclamer mais aussi le vivre, pas sur les tréteaux ni dans les flonflons, mais au quotidien, en se défiant des idoles et en refusant de s'inventer des édens. Et en incarnant ici et maintenant la fraternité, la justice, la liberté… et la laïcité, les quatre vertus cardinales de notre vivre ensemble.

Telle est ma foi d'apostat. Telle est ma fierté d'ex-croyant dégrisé et d'homme de raison parvenu enfin à maturité. En comparaison, tous les dévots de la planète, avec leurs grigris, leurs sacrements, leurs amulettes, leurs processions, leurs miracles, leurs vieux grimoires, leurs indulgences plénières, leurs moulins à prière, leurs grottes miraculeuses, leurs murs sacrés et leurs esplanades du temple, leurs carêmes et leurs ramadans, leurs mitres, leurs kippas ou leurs chapeaux pointus… tous ne sont à mes yeux que de grands gosses qui ont peur dans le noir et se rassurent à bon compte en ânonnant des fables à dormir debout et à croupir à genoux.

« Pour une larme versée sur le Dieu que je perds, mille éclats de rire au fond de moi fêtent la divinité qui m'accueille partout. » J'ai mis cette citation en exergue de mon site littéraire. On dirait encore du Pascal… mais cette phrase, le coquet Jouhandeau – « le diable de Chaminador » comme on l'appelait – ne la cousait pas dans la doublure d'un manteau élimé : il la vivait jusqu'à l'acmé de ses amours interdites après avoir tant rêvé comme moi de devenir prêtre. Avec néanmoins une différence capitale entre Jouhandeau et moi : s'il a toujours exalté le péché de chair dans le commerce des garçons – avec quelle vitalité et sans aucun remords jusqu'à un âge avancé ! – jamais il ne renoncera à ce Dieu qu'il bafouait allègrement. Son péché et son Dieu feront toujours bon ménage, avec force accommodements. Au point que, durant les dernières années de sa vie, l'auteur citera cette phrase des Maximes de St Jean de la Croix : « Une seule pensée de l'homme vaut plus que le monde, mais Dieu seul est digne d'en être l'objet. » Dieu seul ! (Excusable erreur de vieillesse puisque, face à la mort, maints écrivains jusque là lucides et sensés deviennent sur le tard cathooliques chroniques et mysticogélatineux !) Et Jouhandeau d'ajouter dans ses entretiens avec Jean Amrouche, cette fois plus sérieusement et avec une lucidité qui rejoint la mienne : « Dans ma jeunesse, j'ai peut-être aimé le Christ d'une manière trop sensible. Son visage et son corps m'ont requis trop longtemps, beaucoup trop. Mon homosexualité vient de là. » Le visage et le corps du divin supplicié… son sexe aussi, si peu voilé, si mystiquement offert à mon regard pubère, si délicieusement crayonné dans la marge de mes cahiers d'écolier. Là encore : felix culpa ! Car je confesse moi aussi ma foi intacte en ce Ieschoua d'Amour qui me troubla. Son Église, non ! Non merci ! Plus jamais ! Rejet viscéral à la mesure de l'époustouflant paradoxe : la même Institution qui diabolise l'homosexualité et la condamne me l'a transmise en douce, le milieu sacerdotal étant majoritairement homophile et hypocrite. C'est devenu mon constat après quelque trente ans de désintoxication méthodique et assidue. Un constat non pas amer, plutôt serein et même radieux : plus de prêtrise, nulle religion, nulle divinité, ni Incarnation ni Rédemption, ni péché ni grâce, nulle Église - marâtre ou virago - l'Homme seul. Charnel et périssable. Pitoyable et sublime. Enfin affranchi ! C'est en Lui seul que je crois. Et à foi neuve, catéchisme inédit : le contraire de prier ? Rire. Le contraire de mourir ? Jouir. Le contraire de croire ? Savoir.

Et le faire savoir, non plus en chaire mais dans ma chair, en péchant vigoureusement et en pouffant irrespectueusement puisque l'hygiène du nouveau siècle - qui sera athée ou ne sera pas -, c'est le blasphème joyeux !

PAU, ce 15 août 2022

BOULOGNE-BILLANCOURT, 25 avril 2009




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mardi 9 août 2022

LA FÊTE DU 9 (Poème impromptu)

LA FÊTE DU 9

Bonjour Bon aujourd'hui Bon Jour ! Bonjour et merci.

Le 9 du mois Est un jour banal Rien de phénoménal Mais c'est le jour de la retraite virée Qui comble le découvert Et autorise des p'tites folies ! Ce 9-là n'a certes rien de lyrique Mais c'est un jour sympa â fort espoir économique : De bon matin mon compte bancaire a la trique !

__Bon aujourd'hui Bonjour et merci.__

Ce neuf du mois Est aussi le rendez-vous mensuel Avec mon amant de Mussidan Jour forcément neuf Forcément heureux ! Son sourire charmeur Ses yeux pétillants Le reste avenant Et nos soixante-neuf Fougueux Qui vont faire un malheur l Avant la longue et douce accalmie câline...

__Bon aujourd'hui Bonjour et merci.__

Ce matin aussi, Pas de grosse douleur. Mon corps est léger, souple ; Il se fait oublier. Après une nuit brève comme un doux répit, Nuit sans cauchemar et sans insomnie, Corps et cœur s'harmonisent : D'un joyeux clic, comme l'ardoise magique, Ils effacent le passé rouillé Pour incarner sur la percale du plaisir le frais et vierge aujourd'hui.

__Bon aujourd'hui Bonjour et merci.__

Paré de splendeur estivale, Ce 9 du mois Prend du coup des allures de conte philosophique : Un jour de plus... en moins Et c'est très bien ! Bref et intense. Dense sans devenir pesant. Un jour sans âge et sans limites et c'est très bien aussi : Pur instant-éternité. Car il y a trois âges : L'âge qu'on a, L'âge qu'on fait, L'âge qu'on se donne. Le Poète reconnaissant en affiche 75, Il en fait... il ne sait ! En tout cas, il s'en offre 20. C'est fou, c'est doux, c'est provisoire... Et c'est parfait.

Bonjour Bon aujourd'hui Bon Jour ! Bonjour et merci.

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Texte écrit à l'aube du 9 août 2022, Dans le charmant Airbnb de Marie, Rue de la Clarté.

jeudi 28 juillet 2022

UZBEK REVÊT SON CHATOYANT CAFTAN DE PAPIER

L'ensemble de mes billets parus le printemps dernier – ainsi qu'une dizaine d'illustrations originales en noir et blanc ou couleurs – vient d'être publié aux Éditions du Net.

Soir en version brochée (15 euros) soit en version cartonnée (25 euros).

  • Disponible directement sur le site de l’Éditeur (les royalties de l'auteur y sont plus conséquentes !) ;
  • chez ton libraire habituel ;
  • sur Amazon.fr, Chapitre.com, Frac.com, Cultura.com, etc.

Merci de ton appétence uzbéquienne !

https://www.leseditionsdunet.com/livre/le-journal-duzbek

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Un vieux Persan explore avec stupeur et bonne humeur certains us et coutumes… Et aussi les replis de son cœur. Reprenant l’argument de Montesquieu, Michel Bellin a décidé de rouvrir son blog au printemps 2022 pour y mettre en ligne un billet quotidien. Son défi : des textes brefs, mordants, parfois tendres, impertinents voire libertaires. Bref, cet ouvrage atypique est le florilège de quelques miniatures ciselées et illustrées par l’auteur de “J’ai aimé – Confidences d’un curé libéré ”.

Michel Bellin est un écrivain prolifique dont le premier opus est paru en 1996 (J. L’Apostat, postface de J. Gaillot, Golias éditions). « Deviens qui tu es », telle pourrait être sa devise. Son itinéraire est en effet singulier : jeune prêtre contestataire, il quitte tôt les ordres, se marie, fonde une famille… assume à 50 ans une homosexualité décomplexée en laissant pour finir à Dieu – qu’il surnomme Pouet-Pouet – le bénéfice du doute. C’est ce parcours de vie qui nourrit l’écriture de cet auteur atypique, à travers une trentaine d’ouvrages : livres traditionnels, ebooks et un premier livre audio en 2022 (Lulu). En filigrane, toujours le même défi quasi obsessionnel : réconcilier l’âme et le corps, la spiritualité et la sexualité, l’humour et l’amour. Bref, Theos et Eros assidûment invoqués et concélébrés !

mardi 26 juillet 2022

" CES GENS-LÀ"

Voici une bourde qui aura eu son petit quart d’heure de fièvre médiatique ! Somme toute attendu et bienvenu dans la torpeur de l’été, entre trois marronniers : la canicule et le tour de France, en attendant l’incontournable « chassé-croisé » estival. Cela devrait alerter sur la bénignité du forfait et les réactions excessives qu’il suscita.

Personnellement, je ne me suis pas senti concerné, encore moins blessé, par la maladresse de Madame Caroline Cayeux. Voici une expression surannée, involontairement comique, qui fleure bon une certaine condescendance de classe. Car chez ces gens-ci, on se bouche un peu le nez tout en affichant son sympathique penchant gay friendly et tout est bien dans le meilleur des mondes, quelque part entre les Groseille et les Le Quesnois de toujours. Pas de quoi fouetter un chat mais évidemment matière, puisqu’on est en France, à levée de boucliers, cris d’orfraie, vertueuse indignation et impérieux appels à démission.

Une unanimité de façade cache souvent de basses querelles intestines, particulièrement dans l’univers gay, qui, à défaut de constituer une authentique « communauté », connaît actuellement quelques soubresauts et piteuse guérilla. Juin 2022, « le » mois de la sacro-sainte Fierté, en fut un exemplaire catalyseur et détonateur. « Nos corps, nos droits, vos gueules » vociféra-t-on dans les rues. Comment ne pas mieux synthétiser, tout en la masquant, l’intolérance hargneuse d’une masse dite festive, en fait noyautée par une faction de trans querelleurs ? Le prurit victimaire, outre le délicieux supplice que chacun peut éprouver en y cédant compulsivement, cache souvent des luttes endogamiques nées d’abus de pouvoir et de frustrations minoritaires, le tout sublimé par d’ardents appels à l’Égalité, à la Fraternité, à la Liberté, etc. Surtout à la reconnaissance universelle, et aux droits davantage qu’aux devoirs. Il n’est pas indifférent par ailleurs qu’une seule association, Grey Pride pour ne pas la nommer, se soit démarquée d’un slogan tapageur et odieux, car autocentré et fermé au dialogue. Tout simplement parce que les seniors homos sont aujourd’hui lassés voire inquiets de ce qu’est devenu le microcosme gay, plus marigot qu’arc-en-ciel, chaque minorité de minorités voulant se faire sa place au soleil et aboyer plus fort que sa voisine. Tout devient alors confus, obscur, rétrograde, dans la surenchère incessante des « luttes », jusqu’à l’ubuesque sigle LGBT…….+ devenu un fourre-tout à rallonges, chacune et chacun tenant mordicus à son Initiale, à son Estampille, sur fond de suspicion réciproque. Et c’est ainsi que ressurgit l’hydre aux multiples têtes hideuses que chacun prétend trancher, sauf évidemment la sienne propre, ces mufles qui ont pour noms jeunisme, radicalisme, communautarisme, lutte de pouvoirs dans les états-majors… le tout, évidemment, sur fond de wookisme mal digéré, de théorie gender mal comprise, et évidemment de tyrannique inclusivité.

Or, bon nombre de personnes homosexuelles, pour reprendre une désignation également datée, voire désormais inappropriée au XXIe siècle, parlons donc plutôt d’êtres humains, ne souhaitent plus être identifiés à leurs préférences sexuelles anecdotiques, donc assignés à résidence, à résilience voire à un militantisme incessant et bruyant, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Beaucoup d’êtres humains souhaitent simplement être heureux, qu’on les laisse vivre et aimer et vieillir en paix, sans être pris en otages, sans se laisser embarquer dans des manipulations politiciennes au nom des grands principes abstraits prétendument fédérateurs. De l’air ! De la dignité ! Du silence, please.

Et du simple bon sens. Non ! une maladresse langagière n’est pas une déclaration de guerre. Non ! une bourgeoise n’est pas obligatoirement une homophobe patentée. Non ! une ministre n’est pas ipso facto disqualifiée par une micro bêtise. Non ! les minorités querelleuses ne représentent pas toutes les victimes d’homophobie, mais souvent et uniquement elles-mêmes, leur propre pedigree prétendument méprisé, leur propre leadership prétendument menacé en interne. Car s’il est un troupeau anonyme, bêlant et consentant, il y a et il y aura aussi, partout et toujours, des brebis galeuses déguisées en loups. Ne pas le reconnaître, ne pas y veiller, ne pas l’assumer, c’est aussi offrir des verges (!) pour nous faire fouetter et donner du grain à moudre à un autre « bon sens », moins innocent, voire retors, celui par exemple de Sébastien Lecornu lorsqu’il déclarait : « Le communautarisme gay m’exaspère autant que l’homophobie. »

Il y a une dizaine d’années, le jour même de la Gay Pride parisienne, Le Monde a fait paraître une de mes contributions intitulée « Bannières et ostensoirs »1. Je m’étais en effet mis en marche vers une assomption personnelle par une revendication à l’« indifférence ». Je viens de relire ce texte. À mon avis, ma profession de foi, jugée blasphématoire par certains, n’a pas pris une ride. C’est plutôt son auteur qui a (mal) vieilli, est rentré dans le rang, par lassitude, par routine, par conformisme, peut-être à cause d’un virus idéologique inoculé dans mon naïf et paresseux prêt-à-penser. Or, à y regarder de plus près, de marche en marche, les choses se seraient plutôt aggravées, passant du folklore processionnaire à l’intolérance sectaire. Il est donc temps que, m’éloignant pour de bon de la caravane, je revienne à mes fondamentaux, à mon choix de vie, à mon credo de juin 2007 – certes à l’époque trop pompeux et tonitruant pour être honnête ! – foi néanmoins renforcée, mais aujourd’hui avec humilité, pourquoi pas humour, tout en faisant profil bas, comme chaque fois que n’est pas tenue une bonne résolution :




« (…) Que gagnons-nous à devenir chaque solstice d'été le zoo préféré des médias et les histrions de notre propre folklorisation corporatiste ? En serons-nous demain plus crédibles ? Plus matures ? Plus amicaux entre nous ? Plus efficaces pour tant d'autres militances bien plus urgentes ? (…) Parvenir enfin à l’indifférence. Consentir à l’insignifiance. Gommer l’appartenance. Ce pourquoi, émasculant les mots imbéciles et fuyant les flonflons, je hurle au silence comme un bâtard galeux : « Né-ga-ti-vons et rentrons chez nous ! »




Michel Bellin, écrivain

Cette tribune a été évidemment refusée par LIBÉRATION. Avec l'éternelle raison fallacieuse : faute de place !

''C’est avec attention que nous avons pris connaissance de votre proposition de contribution aux pages Idées de Libération. Nos contraintes éditoriales, qui nous valent un programme de publication très serré, ne nous permettent pas de publier votre article. En vous remerciant de votre compréhension,

Bien cordialement, Sonya Faure, responsable des Pages Idées Anastasia Vécrin Thibaut Sardier Erwan Cario Simon Blin Clémence Mary''














1 https://www.lemonde.fr/idees/article/2007/06/29/bannieres-et-ostensoirs-par-michel-bellin_929606_3232.html

dimanche 29 mai 2022

BRIDGE OVER TROUBLED WATER

Une journée entière de musique, de chroniques, de reportages TV et d’images d’archives, sans me lever, sans sortir, sans me divertir autrement… un dimanche entier passé en compagnie de Simon & Art, et aussi Johnny Cash qui donne, du chef d’œuvre planétaire, une version plus âpre, plus mature, absolument bouleversante. Une ode à l’indéfectible Amitié, par-dessous nos eaux troubles, parfois si tumultueuses ! Fragile et solide passerelle. Comment ne pas être ému, par avance endeuillé... Car déçu d’avoir été impuissant et balbutiant, parfois si maladroit, à consolider les arches de ce pont ! Si heureux pourtant d’avoir tenté et persévéré… Mais, pas plus aujourd’hui qu’hier, nulle crainte à avoir, nul découragement, nul silence de ma part : Si tu as besoin d’un ami, je navigue derrière toi, tel un pont enjambant l’eau trouble...

When you're weary Lorsque tu seras las Feeling small Mélancolique When tears are in your eyes Lorsque les larmes viendront à tes yeux I will dry them all Je les sècherai toutes

I'm on your side Je serai près de toi When times get rough Quand les heures deviendront rudes And friends just can't be found Et que les amis demeureront simplement introuvables Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai

When you're down and out Quant tu seras sur la paille When you're on the street Quand tu seras à la rue When evening falls so hard Quand le soir tombera si rudement I will comfort you Je te réconforterai

I'll take your part Je prendrai ta défense When darkness comes Lorsque les ténèbres apparaîtront And pain is all around Et que la souffrance sera omniprésente Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will lay me down Je m'allongerai

Sail on Silver Girl Vogue Fille d'Argent Sail on by Vogue dans le sillage Your time has come to shine L'heure est venue pour toi de briller All your dreams are on their way Tous tes rêves vont s'accomplir

See how they shine Vois comme ils brillent If you need a friend Si tu as besoin d'un ami I'm sailing right behind Je navigue juste derrière Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will ease your mind J'apaiserai ton esprit Like a bridge over troubled water Tel un pont enjambant l'eau trouble I will ease your mind J'apaiserai ton esprit.

https://youtu.be/omxAjFFnrLk

jeudi 26 mai 2022

LA PALME DU NANAR 2022 POUR LE DERNIER FILM D’ARNAUD DESPLECHIN

S’il est une chose qu’on ne devrait pas oublier : ne surtout pas se fier à la critique, surtout si elle est parisienne, a fortiori quand elle est unanime. Et avoir comme modèle St Thomas qui ne crut qu’en ce voyaient ses yeux et qu’en ce que palpaient ses doigts. Bref, j’avais une grande envie de voir Frère et sœur ; je m’étais même permis de parler de ce film, de le conseiller… Las, oui, c’est bel et bien selon moi la Palme d’or du nanar (snob) 2022. À défaut de grimper au 7ème ciel le matin de l’Ascension, j’ai donc bu le calice jusqu’à la lie (jusqu’à l’incrédulité, la fatigue, la hargne…). En subissant jusqu’au baobab final (!) ce prétentieux et interminable pensum, un mot s’est peu à peu infiltré en moi… a enflé… m’a envahi : OUTRANCIER. C’est-à-dire superficiel, démonstratif, fabriqué, insincère. Donc forcément ridicule. Tout dans ce film est outrancier. Outrancier le scénario (la pseudo haine recuite invraisemblable). Outranciers les dialogues. Outrancière l’interprétation (Poupaud cabotine le plus, dans un rôle odieux de bout en bout.). Outrancier le pseudo happy-end africain. Outrancières à peu près TOUTES les scènes (avec le pompon peut-être pour la scène où l'écrivain, se prenant pour Batman, survole Paris… mais il y en aurait tant à épingler !). Outranciers les dithyrambes d’une presse parisienne, anesthésiée ou lobotomisée – au choix. En résumé, outrancier le talent d’un réalisateur qui, faute de savoir ou pouvoir se renouveler, se plagie et se parodie lui-même ad nauseam. Je mets néanmoins une demi-étoile pour le visage chiffonné d’une toute jeune comédienne inconnue. Bref, j’espère que le jury cannois saura, lui, distinguer l’or du fer blanc, en écho au silence glacial qui accompagna sur la Croisette cet indigeste pudding psycho-socio-émotionnel.

Post scriptum : le soir de ce jour funeste, pour rattraper le coup, pour m’assurer que le 7ème Art n’est pas un vain mot, je suis retourné voir THE SERVANT de Losey. Le jour et la nuit ! Ici l'épure, là la ratatouille. Il faut dire qu’Harold Pinter était aux commandes pour le scénario alors que le tâcheron franchouillard pilote à vue, sans fil conducteur et en se regardant le nombril ! Misère, misère…

samedi 21 mai 2022

"EN THERAPIE" sur ARTE ? BOF !

La série En thérapie sur ARTE fait fuir deux catégories de personnes : celles qui vont très mal et celles qui vont extrêmement bien. Les premières parce que, si elles regardaient ce feuilleton, elles découvriraient un miroir – déformant ou fidèle – insupportable. Les secondes parce qu’elles n’éprouvent absolument pas le besoin de s’offrir par procuration un complément de psychothérapie indolore et superficielle car fictive. Pour ces deux profils de téléspectateurs, bienfaisant est le zapping, autant qu’évident. Il en sera de même lorsque, après Le Grand Quiz du caniveau, TF1 programmera l’automne prochain la série vaticane En confession : se précipiteront dans la mangeoire plasma nombre de ménagères ménopausées, pour s’offrir gratis des frissons devant les turpitudes avouées des autres, tout en se dédouanant de leur médiocrité ordinaire qui, elle, n’a rien à se faire pardonner. Les saints séculiers et les criminels endurcis auront depuis longtemps détalé pour habiter le réel.

mercredi 18 mai 2022

INSOMNIE (11)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Tard le soir dans le TGV Pau-Paris. Voiture 17. Place 42. Dans ma somnolence, soudain cet éclair en forme de trouée lumineuse : l'arc-en-ciel ! Quelle en est la couleur la plus belle ? La plus essentielle ? Aucune et chacune. Chaque couleur est la plus belle. Chacune est essentielle. Toutes sont complémentaires. Et c'est ainsi que j'aime ! Toujours en couleurs diffractées. Car tout ce que j'offre à l'un, je ne le reprends pas à l'autre. J'aime chaque être humain (trié sur le volet) d'une manière personnelle, particulière, intense. Individuellement et complémentairement. Mon cœur est un arc-en-ciel ! Ce soir, il resplendit dans l'ombre lorsque je quitte l'indispensable ami pour rencontrer demain la chère aventurière, juste avant d'étreindre sans délai mon adorable amant. Toujours bref et intense, fulgurant, urgent, à 310 kilomètres/heure, de toutes les couleurs, l'Amour pluriel, l'Amour-passerelle, l'Amour arc-en-ciel, l'Amour magique... sans illusion d'optique. Merci, ami.e.s et à très vite !

Boulogne-Billancourt, ce 18 mai 2022 – FIN DE LA MINISÉRIE intitulée INSOMNIE

mardi 17 mai 2022

INSOMNIE (10)

'' Minisérie de mes pensées nocturnes''

Pour l’hédoniste accompli, enamouré ou non, parfois éloigné ou empêché, la “manœuvre honteuse” n’est pas cette besogne solipsiste que la morale réprouve, mais une élaboration altruiste, dès lors que l’imaginaire remplace la chosification de “mon ” plaisir mécanique par la sublimation de “son ” désir idyllique. Bien davantage qu’un bien-être compensatoire ou une hygiène de bon aloi, loin du réel souvent décevant et des aléas de la conjugalité, l’autoérotisme devient l’acmé de l’imaginaire, virtuelle incarnation, miraculeuse transsubstantiation : devant mes yeux rêveurs, sur l’écran ou in petto, l’icône porno ou l’hologramme du cher Absent inaccessible se mue en omniprésence à mesure que le fantasme prend consistance. Ainsi, dès potron minet ou au cœur de la nuit complice, la valeur la plus sûre, la plus naturelle, la plus économique autant qu’écologique de tous nos gestes d’amour demeure assurément ce plaisir isolé qui est tout sauf solitaire mais par essence communionnel et solidaire. Tel est mon éloge de la très sainte masturbation.

lundi 16 mai 2022

INSOMNIE (9)

Minisérie de mes pensées nocturnes

« Intimior intimo meo » notait St Augustin à propos de Dieu. Plus intime à moi-même que moi-même. Tel est l’homme que j’aime. Quand je pense à lui, de jour comme de nuit, nul besoin de mental ni de mots. D’instinct, ma main droite s’entrouvre ; mes doigts d’emblée s’incurvent au gabarit. Juste ma paume en mémoire de lui. Prends... Ceci est mon corps.

dimanche 15 mai 2022

INSOMNIE (8)

Minisérie de mes pensées nocturnes

Euterpe est convoquée dans le silence de la nuit. Complice et confidente. Thérapeute aussi : parce qu’il est sans mots ni pathos (d‘où mon exécration de l’opéra bourgeois !), ce flux sonore est capable – ruisselant ou souterrain – de s’infiltrer par nos fissures et nos blessures pour atteindre l’âme inquiète, la masser, la bercer. La musique devient alors vecteur de Joie ; la cadence même de l’Amour. Tantôt pensée tantôt caresse, elle épure la bête ou donne un corps à l’ange. Et le silence qui s’ensuit est encore de la musique… accompagnant l’extase. Merci, fidèle Amie !

samedi 14 mai 2022

INSOMNIE (7)

'' Minisérie de mes pensées nocturnes''

La nuit ombreuse et silencieuse est le piège le plus sournois de la Faucheuse. Oui, finir en catimini, dans mon nid d’aigle, est la seule issue que je redoute vraiment. Sinon, au hit-parade des fins heureuses, l’épectase est ma première option, juste avant l’embolie foudroyante durant la sieste. Mais fi des vœux irréalistes, qui vivra mourra ! Ceci admis, mieux vaut partir la nuit que ne pas mourir du tout. Et disparaître heureux plutôt que malheureux. Car toutes les bonnes choses ont une fin. Mais rien ne sert de mourir, encore faut-il partir à point. Quel jour et à quelle heure ? À point nommé. Étant entendu que mourir à l’heure n’oblige pas de tirer sa révérence en avance !

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