Le Blog officiel de Michel Bellin

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jeudi 11 janvier 2024

Avec le texte « FIDUCIA SUPPLICANS », le Vatican fait un pas de géant

Le Cantique de la création de Dom Bellinus p.p.c.q.a. (voir LE TEXTE infra) vient d'être autorisé par Rome pour la bénédiction des couples dits « irréguliers ». En effet, dans sa récente déclaration Fiducia supplicans promulguée le 18 décembre 2023, le dicastère pour la doctrine de la foi catholique (DDF) a autorisé, à titre expérimental, que l’hymne susdit puisse désormais être utilisé dans la prière mais à condition que soient respectées les règles concernant ces bénédictions d'un nouveau type : hors cycle liturgique, en dehors des lieux de culte paroissiaux, hors théologie sacramentelle du mariage ; chaque partenaire devant se présenter au prêtre individuellement et séparément, sans signe extérieur festif (tenue, fleurs, alliance, etc.), avec une utilisation mesurée et discrète du Cantique de la création qui devra donc être récité plutôt que chanté, de préférence a cappella, idéalement de façon mentale voire subliminale, surtout pas dans un esprit d'exaltation sensuelle mais bien dans une démarche de repentance et de conversion personnelle. En résumé, malgré une prudence qu’on pourra juger excessive, une avancée historique pour tous les catholiques gays et lesbiens.

CANTIQUE DE LA CRÉATION

Hommage mixte au Poverello (1) et à Pierre Louÿs (2)

Loué soit le Seigneur qui alluma mes yeux Pour capter au miroir un corps nu merveilleux. Béni soit mon amant qui me mange des yeux !



Loué soit le Seigneur qui m’a offert dix doigts Pour que chibre et anus aient le plaisir du choix. Béni soit mon amant qui vers moi tend ses doigts !

Loué soit le Seigneur qui m’a donné ma bouche Pour enfourner la pine et le foutre farouche. Béni soit mon amant qui m’entrouvre sa bouche !

Loué soit le Seigneur qui malaxa mes fesses Pour que leur doux bombé accueille les caresses. Béni soit mon amant qui arrondit ses fesses !

Loué soit le Seigneur qui façonna mes couilles Douces, veloutées, coquines, blondes fripouilles. Béni soit mon amant qui ballotte ses couilles !

Loué soit le Seigneur qui a sculpté la bite À géométrie variable, ma stalagmite ! Béni soit mon amant qui m’enfonce sa bite !

Loué soit le Seigneur : Il a caché ce cœur Qui, partout sous la peau, diffuse sa chaleur. Béni soit mon amant qui m’a donné son cœur !

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(1) Dans son célèbre Cantique des Créatures qui commence par les mots « Laudato si’ » (repris dans le titre de l'encyclique du pape François « sur la sauvegarde de la maison commune »), François d’Assise célèbre la vie et la création. Il fredonna son cantique, dit la légende, sa vie durant.

(2) Pastiche homoérotique du poème de Pierre Louÿs Actions de grâces, in L'ŒUVRE ÉROTIQUE, Sortilèges, Les Belles Lettres et J.-J. Pauvert, 1994.

jeudi 14 décembre 2023

LA MONTAGNE TRANSFIGURÉE (de R.-S. Helcim Nilbel)

Quelques mois seulement après la parution de son premier « roman » (Le feu du Royaume), ce jeune auteur encore parfaitement inconnu fait paraître « sa » version des Évangiles. Total changement de structure et de style. Mais en réalité une continuité, une élucidation, mieux, une interpénétration.

Dans un avis paru sur un site littéraire, je me souviens avoir été plutôt critique sur le premier ouvrage de ce Kabyle qui vient d’entrer en Littérature française comme on entre en religion (si possible soufi, cf. le bref texte en arabe de l’avant-dernière page de son 5e évangile illuminée par une peinture de J.-F. Béné) : « (…) Une tchatche hallucinée. Un humour involontaire fait de maladresses de vocabulaire et de 1er degré existentiel. C'est fort. Troublant. Dérangeant et, à mon avis, pathétique. » Or, aujourd’hui, l’auteur semble me dire : « Vieil auteur, tu n’as rien compris ! Ni à mon récit ni au secret qui le calcine. Forcément, toi, tu es apostat et moi, nouveau converti ! Ici, la rage refroidie, là l’enthousiasme bouillonnant ! Tu n’as donc pas su trouver ma sève sous l’écorce rugueuse. Mon secret le voici. Dans mon second livre. Tu le cherches encore ? J’espère, car le jour où tu dis : "c’est assez" (variante : "je sais"), tu es un homme mort. Eh bien, va sur ma montagne sacrée. Là, tu comprendras. Et peut-être, comme moi, tu seras subjugué, dévasté et ta vie prendra un autre cours… »

Soit. J’ai donc grimpé sur sa montagne, à vrai dire, une modeste colline de Palestine. J’ai vu, j’ai surtout écouté, je n’ai certes pas tout compris. Mais j’ai été imprégné de douceur et de lumière, touché par une profondeur insoupçonnée s’agissant d’un texte dit sacré et tellement rabâché. En effet, l’auteur a souhaité revisiter une séquence décisive des évangiles communément appelée “Le sermon sur la montagne ”. De sa part, à la fois un sacré culot et une audace tranquille. Dans le sillage de son roman (Le feu du Royaume), Nilbel, toujours aussi exalté, entend retrouver la fraîcheur originelle, le grain sémitique et surtout l’appel subversif du Rabbi palestinien. Un Évangile new look qui ne sente plus la naphtaline du Dogme, plutôt le miel et l’aloès poétiques, avec néanmoins force épices, puisque demeure pressante l’invitation du Maitre : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, avec quoi va-t-on saler ? » Sous la plume du trentenaire inspiré, voici une langue étrange très très ancienne, très sémitique (donc dépaysante mais poétique) zébrée ici et là, comme dans le premier livre de l’auteur, de savoureux anachronismes (l’inflation, la réforme des retraites, l’organisation du meeting, la tentation pédophile, etc.). On dirait que l'auteur, avec aisance et souplesse, fait du neuf avec du vieux. Sans doute a-t-il médité la parabole des outres ! Mais jamais d’assertions péremptoires, toujours une allusion, un renvoi subtil aux Écritures. À titre d’exemple, jamais il n’est écrit que Iéschoua ou ‘Īsā (nom arabe de Jésus) est fils de Dieu, mis en croix et ressuscité. Mais il suffit d’un sanglot discret du Rabbi… plus loin d’une prophétie concernant un mystérieux jardin enchanté, pour que cette question se pose : mais qui est-il, ce jeune prophète, si humain, si « autre » ? Et en quoi peut-il bouleverser la vie d’un disciple d’autrefois ou d’aujourd’hui ? Voici, à titre d’exemple, une phrase énigmatique qui m’a troublé et inspiré car, c’est allusif, jamais nous ne sommes dans l’ordre du Dogme ni de l'injonction à Croire, plutôt dans celui de la poésie et de la parabole. C'est Ieschoua' qui explique : « Comment ne pas me réjouir à l’avance qu’un soir, dans son propre jardin, un riche de Ramataîm, devenu adepte, accueille mon corps brisé dans une niche du rocher ? Ici, chez Iosseph, se mêleront alors mille et mille parfums de fleurs, car pareille graine n’y sera jamais plus déposée : une semence d’Immortalité ! " » Ainsi, au fil des pages, de pépite en pépite, je crois avoir saisi de l’intérieur que ce récit est pour Helcim Nilbel un retour aux sources et un bain de jouvence.

Suite à sa conversion tardive, la spiritualité chrétienne le dévore ainsi que la langue française qu’il a choisi de servir, d’une manière paradoxale : d’abord en l'estropiant à dessein dans son autofiction vouée au fils de Marie, puis en la sublimant ici de la manière la plus classique qui soit dans sa relecture évangélique. Pari tenu, selon un connaisseur : « Fruit d’une lecture approfondie du Sermon sur la montagne et d’une créativité littéraire, écrites d’une belle plume, des pages qui renouvellent le langage et rappellent la radicalité du message. » (Charles Delhez, sj) Au final, je dois en convenir, un écrivain confirmé et deux livres indissociables formant un diptyque aussi contrasté et complémentaire que le sont le jour et la nuit.

Sur la 4ème de couverture de l’ouvrage, on peut lire ces mots : « Cette recréation littéraire étanchera-t-elle notre modernité gavée et desséchée ? » C’est un pari. Pour moi, toujours aussi réfractaire à la spiritualité, surtout aux religions, ce n’est pas gagné ! Même si j’avoue que ce petit livre, à défaut d’être une illumination, est une caresse et un baume, avec, entre les lignes, cette incroyable promesse, greffée sur mes larmes et sur l’obscur de nos vies : « Chacun possède en lui un ‘Īsā. Si nous éprouvons en nous cette douleur, notre ‘Īsā naîtra. » (Jalal Ud Din Run Le livre du dedans)

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La montagne sacrée de René-Samir Helcim Nilbel publié aux Éditions du Net en décembre 2023. Format : 150 X 230 mm Avec deux illustrations du peintre Jean-François Béné Pagination : 84 pages ISBN : 978-2-312-14115-2 Auprès de l’éditeur : www.leseditionsdunet.com Sur les sites d’Internet : Amazon.fr, Chapitre.com, Franc.com, Cultura, etc. Auprès de votre libraire habituel

samedi 9 décembre 2023

L'APPEL DE L'ANGE NOIR

Écrite sur le thème de L'OUBLI, cette nouvelle autobiographique. Bonne découverte !

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L’appel de l’Ange noir

Il y a une quinzaine d'années, la veille de Noël, Richard a perdu la mémoire suite à un terrible accident de voiture. Sans repères, ni dans le temps ni dans l'espace, souffrant surtout de l’effacement quasi instantané du présent, le moindre acte de sa vie flottante devient décousu, étrange et incohérent, parfois risqué lorsque le gaz reste allumé ou que le chemin de l’appartement ne peut pas être mémorisé. Un présent aussitôt évaporé, sans traces ni émois ni sentiments durables. Un vrai faux présent cotonneux, non structuré, amputé de surcroît des racines de l’enfance et des fleurs d’espérance que peut promettre l’avenir. C’est ce que d’aucuns appellent un handicap invisible. Mais tellement invalidant ! C’est pourquoi, depuis ce jour funeste, plusieurs fois par semaine, Victor est devenu l’auxiliaire de vie de Richard, en quelque sorte sa boussole, ou, pour parler moderne, son GPS humain.

Bizarrement, certains repères, comme des ruines indestructibles, restent intacts, entre autres la maîtrise impeccable de la langue anglaise. Pas dans la lecture ni l’écriture, mission impossible ! mais dans les sillons des vieux disques que Richard écoute en boucle. Dans cette ambiance, pendant de longues heures, pour passer le temps, il s’adonne à l’agencement de puzzles, même si jamais il n’en acheva un seul. Pas une seule fois ! Non que ce soit pour lui un exploit hors de portée. Mais sans doute perçoit-il confusément l’absurdité de ce jeu répétitif et monomaniaque, plus encore la vacuité solitaire d’un train-train sans amarres ni futur : faire…défaire…refaire, chaque jour, du matin au soir, en toute saison. Souvent, quand Victor range les nombreuses boîtes éparses, cette ténacité sans but le trouble et le touche. Mais ce qui sauve Richard, fait lien et sens entre son auxiliaire de vie et lui, c'est la musique. C'est elle qui lui permet de survivre et de savourer encore son existence recluse et monotone, malgré les soins assidus et la présence souvent espiègle de Victor. La musique… Comme un fil ténu dans un labyrinthe sonore dont Richard, seul, suit l’imperceptible fil conducteur, fragile sillage d’infimes miettes ça et là semées, comme dans l’obscure forêt de Charles Perrault. Et cette musique enchanteresse, c'est la passerelle qui relie les deux hommes.

— Hello, Vic ! Qu'est-ce que tu veux écouter aujourd'hui ? Va choisir.

Voici la phrase rituelle qui accueille Victor dès son arrivée, davantage injonction qu'invitation. Il faut dire que Richard est un passionné de rock, possédant quelque 500 microsillons qu'il a collectionnés avec amour avant son aquaplaning. Grâce au collectionneur, son auxiliaire a découvert, lui, le féru de Bach, The Cure, J.J. Cale, The Flamin' Groovies, The Passions, Gong, etc. Certains jours, Victor n’a guère l'oreille à ça (le repas à préparer, des courses urgentes à faire…) mais jamais, jamais il ne repousse ou diffère l’offre de son patient ; elle reste prioritaire car, toute l’utilité sociale de Richard et son estime de soi semblent désormais passer par la tardive et minutieuse initiation de son visiteur au rock'n'roll. « Va choisir ! » Victor hoche la tête et obtempère.

Or, l’été dernier, il pense avoir procuré un rare bonheur à son protégé. Cette fois, c'est lui qui avait lancé l'invitation dès son arrivée : « Es-tu prêt à aller planer demain avec les Doors ? » En effet Victor avait repéré que le film-hommage de Tom DiCillo venait de sortir sur les écrans et il comptait convier le reclus à cette fête : rock, sexe et poésie, ça ne se refuse pas, non ? Aussitôt dit, aussitôt fait (même s'il est malaisé d'organiser un aller-retour dans l'après midi entre la banlieue Ouest et la place de l'Odéon à Paris, avec cette appréhension tenace : perdre Richard dans les transports en commun !). Lui, pour une fois – car il sait jouer de son handicap ! – se souvenait du rendez-vous, s'était chaussé à l'avance et il était impatient de retrouver son groupe fétiche grâce à des images d'archives tournées entre 1966 et 1971 et habilement agencées par le réalisateur américain.

Pendant la projection, à la dérobée Victor observait l'invalide, comme il se définit lui-même, en précisant, chaque fois avec un cynisme rieur : « Le nase à la charge de l’humanité ! ». Or, dans la pénombre bleutée saturée de décibels (c’était une minuscule salle Art et Essai du Quartier Latin), le quarantenaire rayonnait, irradiant une joie difficilement contenue, fredonnant les paroles des chansons, souriant et hochant la tête, revivant sans doute, via l'image chahutée et les riffs sauvages, cette période de sa jeunesse où il portait les cheveux longs, n’avait pour fiancée que sa “gratte” vintage et planait plus souvent qu'il n'était autorisé à le faire, chez son universitaire de père réputé austère autant que sévère. Scotché à l'écran, sous le charme vénéneux de la bête de scène à la gueule d'ange, gracile séducteur gainé de timidité boudeuse et de cuir rutilant, Victor lui aussi délirait gentiment, succombant à son tour à une drogue très douce, un mixte d'émotions un peu troubles, de plaisir sonore et de nostalgie pour les sixties enfuies, le tout sur fond de questions restées sans réponses à l'issue de la projection : comment est-il possible d'être aussi doué ? Aussi beau ? Aussi fêlé ? Sincérité ou provocation ? Rockstar ou poète méconnu ? Enfer ou Paradis ?... Et pourquoi s'autodétruire avec autant d'application et de persévérance pour mourir seul, à 27 ans, loin de ses aficionados et de son pays, ravagé par l'acide et l'alcool, échoué dans sa baignoire, à un jet de pierre du Père-Lachaise ? En sortant de la salle, instinctivement, Victor regarda Richard. Ce dernier paraissait à la fois sonné et en apesanteur. Dans son cerveau poreux, d’où aucune note ne s’était encore échappée, sans doute planait-il toujours, tandis que sur sa joue séchait une larme. Une larme sur la joue droite de Richard ! Incroyable. Inimaginable. Lui qui jamais ne veut, plutôt ne peut s’abandonner aux émotions. Mais, ce jour-là, la magique incantation de WHEN YOU’RE STRANGE eut le pouvoir de graver durablement un cœur amnésique. Oui, cet après-midi de juin – et Victor en fut témoin – la poésie de Jim, transcendée par la musique du groupe, happa sans conteste son ami ; dans l’ombre, elle l’avait arrimé à un réel quasi palpable, pour une fois ressenti, étiré, dense et intense : le prix de sa propre vie tirée de l’oubli ! ''

« Que fais-tu ici ? Que veux-tu ? De la musique ? Nous pouvons faire de la musique. Mais tu veux plus. Tu veux quelque chose et quelqu’un de nouveau. Ai-je raison ? Bien sûr. Je sais ce que tu veux. Tu veux l’extase. Le désir et le rêve. (…) Tu es trop jeune pour être vieux. Tu n'as pas besoin de leçons. Tu veux voir les choses comme elles sont. Tu sais exactement ce que je fais. Tout ! Je suis un guide du Labyrinthe. Monarque des tours prométhéennes sur ce patio de pierre froide dominant une brume de fer…»'' (Extrait d’un poème de James Douglas Morrison).

vendredi 17 novembre 2023

ÉPITAPHE (2)

Suite à ma décision de mettre un terme à mon œuvre éditée, un second ami lecteur m’envoie un texte à la fois profond et subtil qui m’a enchanté. Avec sa permission, je le mets en ligne ci-dessous car sa belle prose peut concerner beaucoup de monde, pas seulement un ex-auteur désenchanté. Merci à toi, cher Jean.

Cher Michel, je viens de lire ton petit livre, qui m’amène à réfléchir sur ma propre pratique et sur les ressorts de la création littéraire (au sens large) ou artistique. Il me semble que tout homme éprouve, du moins à certains moments de sa vie, le désir de cabotiner, de se donner en spectacle, et aussi celui de laisser quelque chose qui durera plus que sa propre vie. Pour un écrivain (celui qui publie des livres chez de vrais éditeurs), un homme de spectacle (qui se produit devant un vrai public), un artiste (qui crée des œuvres qu’un vrai public, plus ou moins large, va recevoir), mais aussi pour un journaliste, pour un homme politique, voire pour un enseignant, la solution est toute trouvée puisque ces gens-là gagnent (plus ou moins largement) leur vie en se donnant en spectacle (même si leur activité ne se borne pas à ce spectacle : un enseignant passe aussi du temps à corriger des copies...), et qu’ils laissent des œuvres ou le souvenir de leur action.

Mais bien des hommes n’ont pas cette possibilité, et ils ont néanmoins ces besoins, fondamentalement humains. On peut jouer de la musique devant quelques amis qui se feront une obligation d’applaudir, auto-publier des livres qui seront lus par quelques amis, tenir des discours politiques à l’adresse de quelques amis qui seront, ou feindront d’être, convaincus, donner des conférences à l’adresse d’un petit groupe d’amis, et ainsi réaliser à peu près ces aspirations fondamentales. Mon père (ouvrier typographe), qui n’avait jamais eu l’occasion de faire le show, espérait chanter à l’église de la paroisse puisqu’il était profondément croyant et avait une fort belle voix, mais il n’essaya de réaliser ce projet que quand il eut pris sa retraite, parvenu à un âge où la surdité l’avait rendu incapable de chanter en public. J’ai pour ma part beaucoup de chance puisque, outre les cours que j’ai donnés à de rares étudiants et les exposés que j’ai proposés à mes collègues dans quelques colloques, j’ai pu publier quelques livres et quelques dizaines d’articles, qui ne seront lus que par quelques pervers mais resteront dans les bibliographies quelques années (quelques décennies ?). Bien sûr, il s’agit uniquement de sujets professionnels, mais j’ai pu, de plus en plus au fur et à mesure que ma carrière progressait, choisir ces sujets en fonction de mes intérêts personnels et introduire dans tel ou tel article mes enjeux existentiels (j’ai même participé à un colloque de "Queer studies", et publié ensuite mon intervention). En particulier, j’ai publié plusieurs articles, et un livre, consacrés aux lettres amicales byzantines, qui utilisent volontiers le vocabulaire de l’amour pour exprimer une amitié qu’on tend à supposer chaste (à tort ou à raison), et il m’est plusieurs fois arrivé de signaler l’émergence d’une sensibilité homosexuelle dans telle ou telle œuvre qui n’était pas trop connue sous cet aspect.

	La religion (chrétienne ou non) offre une autre réponse à ces besoins. Le croyant considère volontiers que son monologue intérieur est perçu par le dieu auquel il croit. Des études, à ce que j’avais lu il y a quelques années je ne sais plus où, ont montré que l’activité cérébrale était différente chez les croyants, du fait que, croyant toujours être entendus alors que (du point de vue des non-croyants) ils ne parlaient qu’à eux-mêmes, ils n’avaient pas, en formulant intérieurement leur pensée, la même attitude que les non-croyants. Alors que le non-croyant distingue radicalement son monologue intérieur et les propos qu’il adresse à un autre qui normalement réagit à ce qu’on lui dit, le croyant peut garder la même posture quand il s’adresse à un interlocuteur humain et quand il croit s’adresser, dans l’intimité de sa conscience, à son dieu. Non seulement la divinité peut être le public qui reçoit les pensées, ou les discours du croyant, mais elle peut aussi les archiver et le croyant croit volontiers que Dieu se rappelle pour toute l’éternité les propos qu’il lui a adressés, les morceaux de musique qu’il a joués tout seul dans sa chambre, les poèmes qu’il a écrits sur son journal intime et détruits avant de mourir, les dessins qu’il a griffonnés sur un bout de papier et jetés avant que quiconque ait pu les voir. Du point de vue du croyant, rien ne se perd de ce qu’il a pensé, dit ou fait.
 	Comme tu le sais, je suis, justement, un croyant, et j’espère que tout ce que mes frères humains, ou moi-même, avons pensé, dit, fait, ou voulu penser, dire, faire, est bien sûr perdu du point de vue de l'expérience humaine (de ce point de vue, même les Pyramides disparaîtront, et aucun chef d’œuvre, aucune action politique ou morale, ne résiste définitivement à l’usure du temps), mais sauvé à un autre niveau, que je me garderais bien d’essayer de définir.
 Amitiés, et au plaisir d’avoir de tes nouvelles.

Jean

« Mes autoéditions. Splendeurs et misères d’un auteur-loser » (aux Editions du Net et Amazon).

https://www.leseditionsdunet.com/livre/mes-autoeditions OU BIEN https://www.amazon.fr/gp/product/B0BV3BFTHH/ref=dbs_a_def_rwt_hsch_vapi_tkin_p1_i3

vendredi 10 novembre 2023

ÉPITAPHE

Suite à ma décision de mettre un terme à mon œuvre éditée, un cher ami m’envoie ce court hommage qu’il a intitulé INTERFACE. Sans doute (outre ma récente opération de l’œil droit ratée !) un clin d’œil au message qui accompagnait l’envoi à la poignée de mes plus fidèles lecteurs de l’opuscule intitulé « Mes autoéditions. Splendeurs et misères d’un auteur-loser » (aux Éditions du Net et Amazon) : « Heureux de t’envoyer ce tiré à part. Postface de mon “œuvre ” (1996-2023) ? Préface ? Avis de décès ? Rebond ?... À ta guise. De ma part, juste un cadeau de papier et un clin d’œil amical. »

« INTERFACE. En lisant ce dernier petit opus de notre ami de longue date que je n'ose appeler opuscule car je le sais facétieux, m'est venu à l'esprit une phrase célèbre du grand Sacha Guitry : "Il faut savoir lire entre les lignes, cela fatigue moins les yeux." J'ajoute : cela permet de deviner l'authenticité certes paradoxale d'un auteur qui écrit d'abord pour lui-même de son propre aveu mais qui témoigne également d'un cheminement libre et original. C'est par le biais du double — hommage à Dostoïevski — que notre ami tente de relever l'impossible défi de la véritable confidence. Familier des exercices de style et parfois des provocations, notre ami intempestif et coruscant comme ses échecs mêmes — oxymore admirable — savait au moins nous surprendre et parfois nous étonner. Et parfois nous divertir et même nous agacer. Il nous donnera désormais le plaisir de la relecture. Nostalgie oblige. »

Merci, cher Dominique V. ! Et, qui sait, même borgne et déplumé, un phœnix, peut encore renaître de ses cendres ?

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lundi 30 octobre 2023

" LAISSE TES MAINS..." (fantaisie porno)

''La féminité relève du secret, le masculin de l'obscène. Tout ce qui est ambigu est féminin. Tout ce qui n'est plus ambigu est d'ordre masculin. Telle est la différence sexuelle qui n'est ni dans le sexe ni dans la biologie.''

BAUDRILLARD

" LAISSE TES MAINS..."

Fantaisie érotique autofictionnelle



Cette fois, c'est fait. Tout est accompli. Jusqu'à la lie. Pour la première fois de ma vie, j'ai maté un porno hétéro avec la sculpturale Monica recommandée par mon beau-frère, son héroïne préférée. Et pourquoi pas ? Ma guérison est peut-être à ce prix. Si tu n'essaies pas, tu ne sais pas. Et puis, c'est important de connaître les goûts des autres, de la majorité hétéronormée, ceux de mon beau-frère aussi. Car il ne me juge pas, plutôt gentiment s'apitoie. Gérard a l'air heureux en ménage et sa femme est vraiment sexy.

C'était donc une première pour moi, sans zapper, sans flancher, du début jusqu'à la fin. De A à Z. Pas un très grand mérite car, à peine un quart d'heure, c'est la durée qui me convient habituellement pour un film de cul. (Sauf que sur mon site préféré, ce sont des quarts d'heure multipliés par 10. Passons.) Avec Monica, inventive autant que lascive, le spectacle se laissa voir sans déplaisir ni émotion. Sans curiosité non plus. Je me sentais à l'extérieur de l'action, à la différence d'un porno homo où je participe au crescendo, où je m'identifie, où je vibre, où je communie... avant d'éclabousser le clavier.

Comme prévu, mon test corporel fut clair : en bas, le plat pays. Morne plaine. Waterloo, degré zéro. J'ai trouvé que le visage de la dame était quelconque, assez inexpressif, alors que le minois du jeune gars était attirant. Donc, sur l'écran, la babouinerie s'est déroulée sans surprise, sans émoi, sans véritable dégoût non plus, et je me disais, philosophe à mon corps défendant : en fait, rien de nouveau sous le soleil, c'est juste un orifice qu'il faut bourrer, par devant ou par derrière. Voici la sexualité humaine. Juste une affaire de trou(s). Normal, la nature a horreur du vide. Une sexualité un peu plus raffinée que chez les autres mammifères. Normal, l'Homme est le roi de la création. La femme aussi, elle qui offrit la pomme. Mais ce fut le mâle qui croqua les pépins. Bref, qu'on croie ou non à la Bible, cette gymnastique donne de l'excitation et du plaisir. Est censée en donner. Même si l'ennui naquit, dit-on, de l'uniformité. Après, in fine, la variante (le démonte-pneu qui évacue l'antigel entre deux airbags tressautants) pourquoi pas ? Un classique. Et cette curiosité de ma part, un brin jalouse : une femme, même pro, suce-t-elle aussi bien qu'un mec ? Peut-être. Pourquoi pas ? Il y a partout des surdoué(e)s ! Bref, à chacun son plaisir. Par ailleurs, jusque dans quelle mesure, la jouissance de l'une comme de l'autre n'est-elle pas habilement simulée ? Stimulée par la caméra. Comme dans un banal porno gay. Décidément, rien de nouveau sous le soleil bis. Ces comédiens, tous des fripons ! Mais, dieu merci, le cinéma reste un voluptueux traquenard... quand on ne lorgne pas trop du côté des coulisses où abondent trucages et mirages.

Ceci dit, en couleurs ou en noir et blanc, sur papier, sur écran ou dans un plumard… demeure le coït. Pendant très longtemps, ce mot m’a fait peur. Infâme. Obscène. Imprononçable. Rien que le tréma est menaçant ! En tout cas une réalité physiologique mystérieuse car bourrée de paradoxes et de perplexité. Donc, le sacrosaint Coït conjugal ou pornographique. Et hétéronormé, pour faire simple. Voyons cela. Qu’un monsieur introduise frénétiquement sa grosse zigounette dans le zip-coucoui d’une dame, j’avoue avoir de plus en plus de mal à mesurer la portée existentielle de cette opération. Face à cette énigme béante, on comprend que la plupart des mâles s’acharnent à approfondir la question, en ahanant et en fermant les yeux (tout préoccupés qu’ils sont à leur propre volupté qui monte qui monte). Quelques-uns, dépités ou lucides, ou à jamais dégoûtés comme moi, laissent précocement tout tomber. Quant aux mantes amantes, par pure bonté d’âme ou par condescendance féminine voire féministe, elles font souvent mine en gloussant de s’extasier du cadeau Bonux, faute d’atteindre le Saint Graal. C’est l’imbroglio. Le malentendu. Les mal baisé(e)s. C’est surtout le cercle vicieux, autant fièvre ardente que quête inassouvie. Le serpent n’a plus qu’à se mordre la queue. Et nous sommes bel et bien au rouet, d’étreintes en étreintes, de coït en coït : qu’un monsieur introduise sa zigounette dans le zip-coucoui d’une dame etc. etc. Ah ! que n’écoutons-nous pas plutôt la grande Simone : « Aimer d’un amour pur, c’est consentir à la distance. » Mais qu’est-ce qu’un amour pur ? Qu’est-ce qu’une copulation impure ?

Du coup, je me disais encore, songeur, un peu assombri, entre l'ami (bi) et moi-même, pourquoi du Sexe entre nous, et hard en plus ? Pourquoi ne pas en rester à la tendresse, à la sensualité soft, aux doux câlins... Sauf qu’Éros, à peine enclenché, c'est une folle spirale... un engrenage fatal. Suffit de commencer par s'embrasser d'une certaine façon. Ensuite, impossible de freiner, de modérer, de juguler ! Impossible de rembobiner le film en voulant faire marche arrière. C'est plutôt le sprint impitoyable ! À moins de porter tous les deux une ceinture de chasteté, comme dans les temps anciens, mais cet accessoire médiéval de continence ne se trouve pas sur le marché, nulle trace dans Men Addicted, mon catalogue fétiche. Misère, misère ! Et du coup, une prochaine rencontre avec mon amant n'est-elle pas par avance piégée ? Souhaitable ? Si urgente que ça ? Insondable perplexité... Hétéro ou homo, le Sexe est décidément un piège... délicieux ! Le contourner ou y tomber ? Qui vivra verra.

Fin du porno. Je me sens piteux devant mon écran. Rassuré sur ma propre sexualité, toujours atteint de mon maudit complexe (de supériorité), mais un peu piteux tout de même. Disons décalé, vraiment à part, hors majorité silencieuse. (Qui ose crier sur les toits qu'il apprécie le porno ?) Dépité comme un vieil enfant qui ne parvient toujours pas à apprécier la rhubarbe — déjà ma mère s'en offusquait et me réprimandait. Mais je n'y peux rien. Vraiment. Impossible de me forcer. Impossible d'apprécier les natures vraiment mortes : les seins des femmes sont pour moi d'horrifiques gourdes laitières. Petites ou grandes, leurs lèvres d'en-bas sont d'abjectes muqueuses. Et L'origine du monde est pour moi le tableau le plus nauséabond et le plus surfait de toute l'histoire de la peinture occidentale. Encore une fois, pardon maman, j'y peux rien. C'est toi qui m'as fait comme ça. Pardon pour la rhubarbe. Pardon pour les nanas. Ma nature commande quand la méthode Coué débande. Et je n'ai toujours pas compris pourquoi, depuis tout petit, j'ai toujours préféré les roses litchis et les bananes Gros Michel !

En attendant, finies les jérémiades, basta les galipettes, c'est l'heure du café avec, après, dans la tasse encore chaude un doigt de gnôle... pour me remettre de mes émotions. J'en ai rudement besoin. Quelle épreuve ! Au fait, j'allais oublier de donner ici (à l'intention de tous les amateurs de tests psychosensoriels) le nom de ma formatrice de stage accéléré pour vieil ado retardataire et anormal : Monica Reccaforte. Au cinoche, je préfère Monica Vitti, mais c'est un tout autre menu, dans le genre "Art et Essai soporifique". Mais LA Reccaforte ! Quelle femme ! C'est vraiment une grande pointure. Et le titre de la séquence était romantique à souhait, dans le genre romance tendre et câline que j'adore fredonner en lapant le fond alcoolisé de ma tasse : « Laisse tes mains sur mon manche ». Un must.

Qu'importe, Monica, je l'ai eu ma revanche : tu seras ma première dernière chanson !

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Extraite du générique de la séquence porno, la célèbre chanson peut s'écouter ici. Le tube de l'été 2021 ! https://youtu.be/Jg3wBAfTMOk

jeudi 26 octobre 2023

OUF ! JE NE SUIS PLUS PÉDÉ.

J’entendais ce matin sur France Musique un artiste déclarer, d’une voix suave : « J’assume ma queeritude ! » Grand bien lui fasse si ça rime pour lui avec béatitude. Moi, j'entends désormais "servitude". Car trente ans après un coming-out tardif aussi tonitruant qu’évitable, je me dis et je déclare urbi et orbi : « Je ne suis plus “homosexuel”. Ouf ! À 76 ans, il était temps, non ? » Je ne suis qu’un être humain, sans label ni pedigree. Conservant son mystère et s’essayant à rester libre. Suffisamment libre pour prétendre devenir universel. En effet, pourquoi être catalogué, indument chosifié et assigné à identité ? Au XIXe siècle, c’était la nouvelle manie dite scientifique de mesurer, de classer, d’étiqueter, de désigner, que ce soit à propos de la « race » ou du « juif » ou du « mongolien » ou de « l’inverti ». Eh bien, non ! Nous vivons au XXIe siècle. Je ne « suis » ni ceci, ni cela — même si j’assume secrètement mes préférences érotiques. Je n’appartiens à aucune communauté autoproclamée spécialisée en droits plus qu’en devoirs et experte en jérémiades et en victimisation quand ce n'est pas dans de douteuses exhibitions ! Je ne défends aucune culture particulière, aucun particularisme autoproclamé, je n’appartiens désormais à aucune tribu ni à aucune chapelle. Ni obsession ontologique ni prurit revanchard. Je l’avais déjà crié il y a une quinzaine d’années dans "Le Monde", article paru le jour même de la Grey pride parisienne. Je persiste est signe, car je n’appartiens ni au genre girouette ni à la sous-espèce des mauviettes ! Je suis moi, un tout petit moi, un minuscule et attendrissant et ridicule homoncule délesté de toute gloriole, de tout oripeau et de tout drapeau, si ce n’est, collant à ma vieille peau et me tenant à cœur, ce credo libertaire et absolument non genré : « EGO CONFIDO IN ME SOLUM. »

https://www.lemonde.fr/idees/article/2007/06/29/bannieres-et-ostensoirs-par-michel-bellin_929606_3232.html

samedi 14 octobre 2023

BILAN DE LIVRES, BILAN DE VIE

Voici l’heure de vérité. L’heure du bilan. A 76 ans, il était temps. Bilan personnel et bilan littéraire. Indissociablement car ils se confondent depuis trop longtemps selon ma dangereuse devise : « Écrire ma vie, vivre mon écriture. ». De quoi s’agit-il ?

D’abord d’un constat qui m’a longtemps tenu éveillé cette nuit : j’aurai passé les trois quarts de ma vie (et, si je n’y prends pas garde, le restant !), à me justifier à mes propres yeux et en prenant à témoin la terre entière (qui n’en a rien à faire). Me justifier de quoi ? De m’être laissé ensoutané dès l'enfance et à mon cœur défendant pour trop vite défroquer. Tel est le gène de ma terrible maladie orpheline. Dès lors, a grossi en moi la tumeur de mon dépit et de ma mauvaise conscience. Dès lors, mon écriture, de 1996 jusqu’à ce jour, en a été infiltrée et intoxiquée. Dès lors, ma carrière d’auteur potentiel en fut sabotée et sabordée. Comme dit plaisamment le vrai faux Maxime dans mon dernier opuscule paru hier : « Incroyable, non ? Ça pue quelque part dans un petit séminaire haut-savoyard et le destin d’un Prix Nobel de Littérature dérape ! » Il exagère évidemment mais il voit juste. Donc, aujourd’hui, je dis : STOP. Il est grand temps de mettre un terme à cette dérive absurde ; il est urgent de stopper l’hémorragie interne. Et aux grands maux, les grands remèdes.

J’écris ces lignes lucides le lendemain de la parution de mon livre-bilan qui sera évidemment le dernier. À la fois préface et postface de mon œuvre pléthorique (1996-2023) et dangereusement autocentrée. Ce n’est pas un hasard s’il s’intitule « MES AUTOEDITIONS. — SPLENDEURS ET MISÈRES D’UN AUTEUR-LOSER » (Éditions du Net, parution le vendredi 13 octobre 2023). Jour de chance ou jour de poisse ? L’avenir le dira. En tout cas, une étape décisive autant que jubilatoire !

Une étape parmi d’autres. Donc, de la cohérence ; pas de caprice de vieille star. C’est ainsi que cet été, après un an et demi de combat intérieur et de négociations serrées, j’ai enfin pu conclure un armistice avec l’institution catholique, grâce à l’INIRR (Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et de Réparation). Ainsi, depuis le 4 juillet dernier, date officielle de la décision de cette instance, me voilà reconnu, quasiment labellisé « victime indemnisée et reconnue de la pédocriminalité ecclésiastique ». Ça en jette, non ? Dans mon avant-dernier livre « FLIP-FLOP » – outre l’opportunité d’évacuer une dernière fois mes toxines par l’expression de mon viscéral athéisme– j’ai narré, étape après étape, statistiques et graphiques à l’appui, ce long parcours qui a abouti, par ricochet, à l’indemnisation-réparation financière de mes quatre enfants, suite à ma période d’éloignement et de négligence, contrecoup d’un tonitruant et inutile coming-out ! Sur ce sujet aussi, il est temps que mes yeux s’ouvrent sur les pièges du microcosme arc-en-ciel, périgourdin ou parisien, qui ne jure que par ses droits, jamais par ses devoirs. Là aussi, basta ! Halte à l'idéologie, au communautarisme et à la victimisation.

Toujours dans cette même dynamique d’épuration salutaire, je viens de désactiver sur mon Smartphone l’appli LA CROIX qui, nolens volens, me harcelait plusieurs fois par jour par trop de vertu, trop de bondieuseries, trop de superstitions, trop de pédocriminalité, trop de belles phrases aussi pompeuses que creuses. Ouf ! De l’air. Du profane. Du réel. Et dans le même mouvement, histoire de canaliser mon anticléricalisme et de mener un juste combat avec d’autres, j’ai pris contact avec le groupe Alfred Zeller (Libre Pensée) de Dordogne. Une autre manière de sortir de mon isolement et d’évacuer, s’il se peut, mon narcissisme improductif.

Je ne pense pas m’arrêter en si bon chemin. Car la seule voie, c’est d’aller de l’avant, armé de lucidité mais sans perdre une once de générosité. Et d’abord la clairvoyance. Quand, chaque matin, depuis quinze jours, je scrute dans mon miroir la balafre sur ma joue droite (suite à l’extraction d’un carcinome) qui peu à peu s’atténue et guérit, voire embellit à coups de patience et de soins (merci à mes infirmières si dévouées !), je me dis qu’il est temps que mon âme également cicatrise et rajeunisse. Contre le cancer de la religion si profondément induré en elle, contre les innombrables métastases de culpabilité et de colère, un traitement de choc s’imposait. Avec force, détermination mais aussi douceur. En effet, quelle sera la vaseline idoine pour ma guérison de l’âme et une cicatrice aussi élégante que discrète ? L’onguent est tout trouvé : l’Amitié.

Ainsi couturé, ainsi paré et armé, il me reste à avancer. D’autres choix se préciseront pour une convalescence programmée. Désormais loin du clavier et de ma ramette de papier ; loin de mon écran confetti catholique autant que cathodique ; loin de ma chancelante pile de bouquins que j’ai décidé de transformer en glorieux cénotaphe, eh bien, ma vie se fait légère, presque insouciante, en tout cas plus authentique. Je respire ! Je redeviens « moi ». Je me sens libre. Désaliéné. Dégrisé. Apaisé. Triomphant de mes vieux fantômes noirs. Et pourfendeur de toute vanité, qu’elle soit littéraire ou non. Avec un appétit décuplé : vive l’avenir !

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Écrit à Périgueux, le 14 octobre 2023, au retour du marché devant la cathédrale, où j’ai pu mettre en pratique ma devise fétiche : « Rester en vie, c’est traquer et troquer de beaux instants qui meurent. » Bon appétit !

lundi 9 octobre 2023

QUI COURTISE RYIAD RECOLTE LE DJIAD (La complainte de Gaza)

Complainte de Gaza

''Notre passé est une tragédie, notre présent est un calvaire, mais heureusement, nous n'avons pas d'avenir.

Dicton palestinien''

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Dans les ruines de Gaza mon cœur est éventré ma jeunesse écrabouillée tout espoir lézardé sur les murs de Gaza

Dans les ruines de Gaza des veuves aux yeux mouillés toutes en rides et ravines gémissent des Inch Allah une armée d’amputés des nuées d’orphelins de beaux vieillards hagards mais dignes et tant de fiers héros tirés comme des lapereaux pour avoir défendu les tunnels de Gaza

Dans les ruines de Gaza trop jeune pour combattre ou pour déguerpir mes projets un à un s’écroulent mes nerfs sous haute tension sont nuit et jour dénudés mon amour de la vie a vraiment dépéri sous les ruines de Gaza Dans les ruines de Gaza seuls les écrans plats entre deux matchs de foot ou de sirupeuses séries font miroiter la Suède et le Canada aussi la France eldorados sans Tsahal ni checkpoints peut-être la bague d’une riche et compatissante étrangère pour fuir les ruines de Gaza

Dans les ruines de Gaza je sue l’ennui je tue le temps je veux vieillir en accéléré pour survivre moins mal et avec Omar et Mahjoub on rigole on bricole on rêve on suppute nos chances on met des shekels de côté mais mon cœur est un no man’s land car mon jasmin a flétri dans les ruines de Gaza

Pourtant au milieu des ruines de Gaza j'ai vu ce matin deux enfants rire aux éclats dans une auto-tamponneuse bleue qui les secouait en faisant tutut et pouêt-pouêt oui j’ai vu cette antiquité venue d’on se sait où cette épave ahurissante peut-être tombée d'un ciel criblé d’étoiles j’ai vu cette bagnole marrante secouée de tutut de pouêt-pouêt et du fou-rire de deux gosses heureux là à Chadjaiya dans une ruelle épargnée de notre belle Palestine assassinée ! Alors je ne sais pas pourquoi qu’est-ce qui m’a pris quel khamsin d’ironie m’a emporté m’a dévasté et aussitôt réconforté quand à mon tour je me suis marré de joie ou de nervosité marré marré marré à en crever et j’ai hurlé en admirant nos chères ruines de Gaza torse bombé plomb durci et montrant le poing à leurs chars soudain je dégoupille mon cri :

"Allah Akbar !"

''Écrit à l’aube du dimanche 19/07/15, après avoir visionné la veille le remarquable reportage d’Agnès Merlet sur ARTE « Nous, réfugiés palestiniens… » Poème dédié au jeune Maher Younès, qui survit avec vaillance et humour dans le camp de réfugiés palestiniens de Burj El Barajneh, dit « La tombe des vivants », au Liban''

Pour une lecture plus aérée, c’est ICI : https://www.youscribe.com/catalogue/documents/actualite-et-debat-de-societe/debats-et-polemiques/complainte-de-gaza-2598198

Ce poème est extrait du recueil poétique CE QUE ME CONFIE LA NUIT, Éditions du Net, 2023..

jeudi 5 octobre 2023

HABITER MON ÂGE

Il m’arrive ces jours une chose assez nouvelle, une sorte de mue subreptice et plutôt délicieuse, quoiqu’inattendue.

Je suis en pleine période de contrôle technique. Non, il ne s’agit pas de l’automobile que je n’ai jamais possédée ni conduite, mais bien de ma carcasse ! Un carcinome enlevé lundi dernier, opération de la cataracte 1 mercredi prochain, cataracte 2 la semaine suivante… Eh bien, est-ce la conséquence de ce ravalement de façade, je me sens désormais davantage « vieux ». Non pas comme une malédiction, mais comme une sorte de mue bienvenue : il s’agit désormais d’habiter mon âge, d’en faire, non pas une déchéance programmée, mais une sorte de nouveau cycle de vie. J’ose le mot : une nouvelle chance à saisir.

Quelle sera la marche à suivre ? Grosso modo, transformer le tabou de mes 76 automnes, pour en faire un atout. Comme un élargissement vital. Tout le contraire d’un déclin ! L’admettre, l’intérioriser, et le prouver allègrement. Et c’est ainsi que depuis quelques jours, les conséquences gentiment s’enchaînent : j’ai décidé entre autres de mettre un point final à mon œuvre littéraire qui m’aura tout de même occupé pas mal d’années, depuis 1996. Un ultime livre sortira prochainement, une sorte de tiré à part de 40 pages intitulé : « Mes autoéditions — Misères et splendeurs d’un auteur-loser. » Cet opuscule aussi incisif que lucide pourrait servir à la fois de postface ou de préface à mon œuvre prolifique qui compte une bonne trentaine de titres. Comme il est écrit page 9 : « Les bonnes choses ont une fin, rien ne sert d’écrire ni de mourir, il faut juste partir à point. » Et, je te le garantis, ami lecteur, le sentiment d’allègement et de mission accomplie, est ineffable !

Évidemment, il n’est pas question que le corps (le sexe) capitule. C’est mal me connaître ! De ce côté-ci, même si rien n’a changé puisque je n’ai pas, pour le moment, l’âge de mes artères mais celui de ma libido, il n’empêche, là aussi, un ajustement s’imposait. C’est pourquoi, sur mon site de rencontres coquines, l’accroche vient d’être modifiée, désormais mieux ciblée : « Un daddy, ça te dit ? » Et au lieu d’une épître de 5000 caractères, une petite annonce de cinq ou six lignes, puisque décidément, le temps se fait court et que là aussi la littérature doit s’adapter : non pas d’interminables laïus, mais un post bref et incisif. Du coup, le suspense est relancé et c’est la vie qui à nouveau embraie ! Car, dieu merci, rien de changé dans mon emploi du temps : lundi, c'est ravioli ; mardi, orgasmothérapie ; mercredi etc.

Autre indice de maturation intérieure : j’ai repris le livre qui m’avait agacé il y a deux ou trois ans que j’avais fini par abandonner… et j’en tire aujourd’hui profit car il s’agit de « La voyageuse de la nuit » de Laure Adler (Je le recommande ici. Chez Grasset, l’opus existe aussi en poche.) Même si on est vieux essentiellement dans le regard des autres, même si je ne fais pas mon âge, même si le vieillissement est davantage un sentiment qu’une réalité… il n’empêche, le corps, plus que l’âme (qui n’existe pas) se rappelle à votre bon souvenir. Et, sous le pansement, la balafre sur ma joue droite me le rappelle, non pas cruellement, mais avec une sorte de satisfaction espiègle : à mon âge, une nouvelle tronche de pirate sanguinaire ou de Duc de Guise, pourquoi non ? Et n’est-il pas bon, disons normal, que la chair, tout comme l’âme (qui n’existe pas bis) dévoile, certes sans ostentation, ses propres cicatrices ? Toujours attendrissantes. Comme la merveilleuse patine mordorée sur les vieilles toiles. Ainsi s’écrit la vie. Ainsi s’accomplit ma vie. Si possible en beauté et en bonté. D’abord à mes propres yeux. C’est ainsi que décline le temps qui passe, parfois lasse, un jour trépasse : je vieillis, donc je vis. J’ai vécu, donc je suis. J’ai aimé… et, même à un âge avancé, j’aimerai encore. Et je baiserai toujours ! Et je m’enthousiasmerai encore bien davantage ! C’est canonique, donc c’est fantastique.

En résumé, certes les années s’empilent tandis que le corps décline… Mais, au lieu d’être une fatalité, on peut prendre sa « revanche » au moment de se sentir vieux. En se faisant de plus en plus confiance. En conquérant une sorte de verdeur. En savourant un allègement de l’existence. Mais sans escamoter les années qui passent (qui restent ?) ni tricher ni pavoiser. In petto et incognito. En se redisant, chaque matin, que la jeunesse continue de respirer en vous car le temps l’a laissée intacte.Pour finir, être vieux, c'est être jeune depuis plus longtemps que les autres, non ? Donc, un jour de plus… en moins, quelle aubaine ! Plutôt que l’enfance, en ce qui me concerne, même s’il me plaît de « regrimper en enfance », plutôt le retour à l’adolescence, ce merveilleux âge d’or impertinent et frondeur. Comme je l’écrivais récemment dans l’introduction de mon ultime livre FLIP-FLOP paru en juillet dernier, le jour de mon anniversaire :

« (…) Plus que l’enfance et son écœurant sirop, l’adolescence ébouriffée et ses herbes sauvages… Avec l’obsession de tout comprendre tout de suite, d’aimer pour toujours et de ne se renier jamais. L’adolescence pour l’insolence. Pour l’écart. La fragilité aussi… Après tout, ne restons-nous pas son âme secrète… même si elle a pris du ventre ! Que la vieillesse ne soit donc jamais un avachissement consenti, un démenti en marche arrière, encore moins une trahison ! C’était le vœu de Lars Norén et c’est devenu le mien, vaille que vaille : « J’ai attendu patiemment de devenir vieux. Parce que cela pouvait être un moyen d’échapper à ce que les gens attendent de vous. »

Ainsi sois-je. Et qu’ils attendent longtemps encore !

Périgueux, ce 05 octobre 2023.

jeudi 28 septembre 2023

L'OR DU CAFTAN

Toujours naïf, je viens de participer à un concours de poésie dont le thème m’avait attiré : le Désir. Las, je ne figure pas parmi les 10 premiers élus. Même pas une mention honorable ! C’est bon pour la modestie mais, fort heureusement, cet échec littéraire n’entache en rien ma connaissance de la chose en question – surtout son culte assidu !

L'OR DU CAFTAN

Depuis que tu t’es enfui, Petit Émir, Ton mutisme est un philtre mortel.

Je reste mendiant et sentinelle.

J’épie la nuit.

Souvent je repense À nos matins, à ce dernier matin… Au petit déjeuner, Le caftan Voilait ta peau dorée ; Mais l’encolure brode un cœur. Alors, face à la croisée, À quelques centimètres de mon appel muet,

À la fine pointe de l’ouverture, Sous ta clavicule adorée Un noir frisottis

M’ouvrait l’appétit…

Aujourd’hui, dans ma nuit affamée, J’implore le Prodigue :

« Pour que l’or de ta peau incendie à nouveau L’échancrure bouclée, Redeviens mon aurore, Ô coruscant Désir qui fait lever le jour ! »

Écrit fiévreusement dans la nuit du 3 au 4 mai 2023, L’OR DU CAFTAN est mon adieu à un jeune amant ainsi qu’un hommage à la réalisatrice marocaine Maryam Touzani.

jeudi 29 juin 2023

LA MÈCHE EST ALLUMÉE !

Mon brûlot rebaptisé « FLIP-FLOP » paraît le 4 juillet prochain. Un formidable cadeau d’anniversaire. Disponible soit en version numérique chez Amazon Independently published (7,99 €) soit en version papier aux Éditions du Net (21 €). Plus de 200 pages avec de belles illustrations en couleurs. Ci-dessous, la 4e de couv définitive… après moult réécritures, mon éditeur ne tolérant pas un dépassement de 1700 caractères, espaces compris !

__« Comme “DIEU”, c'est non seulement pompeux mais aussi rebattu, ça court les rues et les geôles depuis la nuit des temps, je Le surnomme “FLIP-FLOP”. Ce sobriquet fleurant la gaminerie (« Éternel homme-enfant ! » soupire mon cadet), est familier et moins impressionnant. En réalité, le DIEU omnipotent n’est qu’un gueux omniproutant : il bégaie et il pète. Un formidable flop, encore plus fort que le bide de Boutin avec son « Chrétiens, de l’audace pour la politique » ! Bref, comme disait Pépin, “il était un petit dieu, pirouette cacahuète”, et c’est formidiable, non ? Donc, FLIP-FLOP. » (Extrait)

Ainsi, face à l’Usurpateur Public n°1, tous les coups sont permis par l’apostat. Mais il ne s’agira pas ici d’un froid traité d’athéologie. Plutôt d’une tonitruante contre-offensive où l’ex-prêtre, toujours très remonté, jette avec fougue ses derniers feux : une trentaine de scuds puisés dans l’arsenal de son œuvre prolifique. À longue ou brève portée. En gros et dans le détail. Frappes tous-azimuts et sans délicatesse chirurgicale. Aux grands maux (divins), les grands remèdes.

Devant une telle colère, le lecteur, parfois sidéré, devra patienter jusqu’à l’épilogue (De l’ire à l’Inirr) – anormalement étoffé – pour comprendre que la mèche fut allumée à l’époque du séminaire et des culottes courtes, dans l’odeur rance du réfectoire et entre les pattes velues d’un « gentil ogre ».

Sauf surprise de dernière minute, tout armistice paraît encore lointain.__

vendredi 23 juin 2023

ME PRIER MOI-MÊME, SACRÉ NOM DE FLIP FLOP !

C'est entendu, je ne crois pas en "Dieu". Je ne crois plus en lui. Même plus le bénéfice du doute. Ouf ! Bon vent. À 76 ans, il était temps, non ? Mais alors, que faire de la prière qui m'infiltra, me parasite depuis toujours ?

En écrivant la conclusion de mon prochain et décisif ouvrage " Flip-Flop ", réjouissant traité d'athéologie qui paraîtra le 4 juillet prochain aux éditions du Net (en ebook sur Amazon kindle à la même date), j'ai déniché et expérimenté une nouvelle utilisation de l'oraison. Évidemment, je n'invoque plus quelque puissance tutélaire, mais j'exhorte... je m'exhorte moi-même puisqu'en définitive je ne crois qu'en l'Homme, au meilleur de l'Homme : Homo Deus. Et d'abord l'homme, le petit homme, le minus génial que je suis ! Donc en ME priant moi-même, en M’invoquant avec ferveur, je me stimule, je me pousse vers le haut, je me ressaisis, je m'éclate, je me transcende, je me reprends en mains pour accéder â l'Homme supérieur qui est en moi ; pour le dire trivialement, je me botte poétiquement le cul. Et ça marche !

L'idée m'en est venue tout récemment. Venant de terminer mon bouquin sulfureux qui se clôture par une incroyable bonne nouvelle, une sorte de Loto inattendu... bref, le 21 juin dernier, jour de la musique et de l'été, voici que je me retrouve à l'intérieur de la cathédrale St Front à Périgueux. Un fort et indéracinable atavisme m'y a poussé, d'autant plus facilement que j'habite à deux pas. Tout est calme, une avenante pénombre. Et pas un chat. Aucun ange non plus. Pas même une bigote ! Je m'approche de la statue la moins laide – j’ai l’embarras du choix – donc ni le Sacré-Cœur ni Bernadette Scoubidou, plutôt François d'Assise dit le Poverello. (Dans mon nouveau bouquin, une invocation salace lui est dédiée !). Aux pieds de l'horrible statue en stuc peinturluré (cette couleur caca que je déteste !), j'avais sans doute été intrigué par une tête de mort posée sur un grimoire poussiéreux. Mais cette vision macabre ne refroidit en rien la joie qui m'habita en ce providentiel matin du 21 juin 2023 car aussitôt, toujours mû par le même atavisme religieux, je me saisis d'un lumignon à 1 euro, l'allume puis le dépose au pied de la bure de plâtre, tout à côté du crâne luisant dans l’ombre.

Et maintenant, que faire ? Que murmurer ? Je ne vais tout de même pas prier, ni pleurer de joie puisque je viens de toucher le Loto (cf. L'épilogue de mon pamphlet).

C'est alors, autre atavisme, non pas gestuel mais mental cette fois, que je me souvins d'une vieille prière qui enchanta mon enfance. Là, aux pieds de la statue de St François, elle s'impose. Elle va jaillir, c'est sûr. Évidemment, ma raison, toujours aux aguets, me rappelle illico que cette prière, l'une des plus célèbres et des plus ânonnées sur terre, est attribuée au saint d'Assise mais n'est pas de lui, plus prosaïquement d'un obscur et pieux chanoine, au début de la guerre de 14. (1) Un texte très beau par ailleurs et qui rencontra le succès que l'on sait.

Mais que faire de cette soudaine autant qu'inattendue oraison jaculatoire ? Je ne peux décidément pas revenir à mes vieilles superstitions, à mes vieilles incantations ! C'est alors, faisant joyeusement mon deuil de "dieu", contemplant toujours mon lumignon tremblotant, c'est alors que, spontanément, à mi-voix, je récitai la fameuse prière, mais en la détournant de la cible, ce Seigneur du ciel qui n'existe pas, pour chercher cette cible en moi, tout bonnement, puisque seul j'existe, vibrant, fervent, certes authentiquement athée mais, ce matin-là, incroyablement heureux et soulagé pour les raisons littéraires et financières susdites. Donc une prière sécularisée et destinée en priorité à bibi.

Mais alors, me diras-tu, qu'est-ce que ça donne, cette prière new look ?

En fait, le texte ne change pas, deux ou trois mots, trois fois rien. (Je supprime tout de même la dernière phrase car, non, non merci, la Vie éternelle, ça, je ne peux pas !) Ce qui change, je l'ai dit, c'est la cible devenue intérieure, une sorte de sympathique injonction, une forme de méthode Coué aussi poétique que performative. Comme dit la pub : ça marche ! C'est fort. C'est extra. Presque aussi remontant et euphorisant qu’un verre de scotch. Presque !

Bref, trêve d'exaltation mystique, puisque je devine que tu salives, voici le texte de ma prière auto suggestive, recyclée et recentrée, ce matin du 21 juin, jour de chance car, non seulement j'ai gagné, mais je me sens désormais plus fort, plus grand, meilleur que je ne suis et plus fraternel, du moins ayant le désir de le devenir, bref, en un mot plus humain. Une métamorphose allègre que les mots traduisent et exaltent. (Et que l’action devra si possible réaliser.) Ce sont les mots qui sont prodigieux, toujours, qu'ils tuent ou fassent vivre ! Oui, je l'atteste tel est l'effet magique de cet hymne franciscain revisité que je reprendrai d'ailleurs à l'avenir, quand le besoin se fera sentir de me booster in petto, selon ma nouvelle foi purifiée et si miraculeusement roborative : EGO CONFIDO IN ME SOLUM.

Ce qui donne :

Bellin, mon ami, deviens enfin un instrument de paix. Là où il y a de la haine, mets l’amour. Là où il y a l’offense, mets le pardon. Là où il y a la discorde, mets l’union. Là où il y a l’erreur, mets la vérité. Là où il y a le doute, redouble-le. Là où il y a le désespoir, mets l’espérance. Là où il y a les ténèbres, mets la lumière. Là où il y a la tristesse, mets ta joie. Ô Bellinus Minus, ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer, car c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en t’oubliant que tu te trouveras !

Nouvelle version bellinesque (juin 2023) de la plus ancienne version de la prière « franciscaine » in La Clochette, n° 12, déc. 1912, p. 285.

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(1) La première version connue est publiée dans le numéro de décembre 1912 de La Clochette (bulletin de la Ligue de la Sainte Messe) par le prêtre normand Esther Bouquerel (1855-1923)2. Elle se présente comme un texte anonyme, intitulé « Belle Prière à faire pendant la Messe », comme l'a montré Christian Renoux dans son livre sur l'histoire de cette prière.

vendredi 2 juin 2023

"FLIP-FLOP" pamphlet à paraître le 4 JUILLET 2023

La sortie du pamphlet est annoncée pour le 4 juillet 2023 aux Éditions du Net, éditeur habituel de l’auteur qui lui a renouvelé sa confiance… malgré le brûlot annoncé ! Environ 160 pages. Avec illustrations. En avant-première, voici la 4e de couverture :

« Comme DIEU, c'est non seulement pompeux mais aussi passe-partout, ça court les rues et les geôles depuis la nuit des temps, bref je L'ai surnommé FLIP-FLOP. En toute simplicité. Ce sobriquet, qui pue la drogue frelatée mais fleure bon la gaminerie (« Éternel homme enfant ! » se plaint mon fils cadet), est familier, marrant et surtout moins impressionnant. Le DIEU omnipotent n’est qu’un gueux omniproutant : il bégaie et il pète. Un formidable flop, encore plus fort que le bide de Christine Boudin avec son Chrétiens, de l’audace pour la politique ! Donc, FLIP-FLOP. C'est formidiable, non ? »

Ainsi, face à l’Usurpateur Public n°1, tous les coups sont permis par l’apostat, pas seulement son tour de passe-passe sémantique. Mais il ne s’agira pas ici d’un froid traité d’athéologie. Plutôt d’une tonitruante contre-offensive, un peu brouillonne, où l’ex-prêtre, toujours très remonté, jette avec fougue ses derniers feux : une trentaine de scuds puisés dans l’arsenal de son œuvre prolifique. À longue ou brève portée. En gros et dans le détail. Tirs tous-azimuts, même dans les coins, et sans délicatesses chirurgicales, depuis le pastiche d’un discours papal jusqu’à l’obscénité d’un calligramme, en passant par des mignardises parfumées à l’eau bénite ! Aux grands maux (divins), les grands remèdes.

Le lecteur quant à lui devra patienter jusqu’à l’épilogue, inhabituellement développé, après un suspens tragicomique qui ne se dénouera que dans l’ultime page du livre, pour comprendre – sinon admettre – que la mèche d’une telle colère fut sans doute allumée à l’époque du séminaire et des culottes courtes, dans l’odeur rance du réfectoire et entre les pattes velues d’un « gentil ogre »… Dans ces conditions, sauf surprise de dernière minute, tout cessez-le-feu paraît lointain et trompeur tout happy-end.

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Sur une plaisante musique de Chaplin, je fais une courte présentation de mon livre sur YOUTUBE avec extrait lu (début du chapitre 2) :

https://youtu.be/1GuEj4lvTJQ

mardi 2 mai 2023

VIVRE HEUREUX SANS DIEU

Comment vit-on sans Dieu ni religion ? Plutôt mieux. « On », pronom indéfini mal élevé, disait feu ma belle-mère ! Je reprends : comment est-ce que je vis désormais sans religion ? Réponse identique voire renforcée : infiniment bien, infiniment mieux. Et j’englobe la foi dans la religion. La foi, quelle qu’elle soit. La foi en un ou plusieurs dieux, quels qu’ils soient.

J’ai pourtant été formaté dès la toute petite enfance, quasiment prédestiné. Avec une quinzaine d’années passées sur le tapis de la chaîne de montage clérical. Sans doute il a fallu toutes ces années d’asservissement doucereux et sournois pour que je savoure aujourd’hui – il était temps ! – ce sentiment d’allègement, de dégrisement, de déssillement, en un mot une immense sensation d’étourdissante Liberté. Et ce sentiment, fait de soulagement et d’orgueil, cette sensation d’échapper enfin une bonne fois pour toutes à une sorte d’abêtissement universel. Même si je me sens minoritaire. Mais plus déterminé et plus lucide que jamais. Jamais plus accro au Dieu escroc !

Car, il ne faut pas se mentir, toute religion est source de tracas, d’interdits, d’endoctrinement, d’embrigadement de moralisation forcée, surtout de mystification effrontée. Sans parler des croisades et des massacres à répétition ! Par ailleurs, à supposer qu’il existe, « Dieu » ne sort jamais indemne ni grandi de tous les systèmes religieux. Bien au contraire. En fait, depuis des temps immémoriaux, les religions enquiquinent l’homme, quand elles ne le maltraitent pas. Eh bien, puisque croire – en Dieu le Père, en Krishna ou en Allah – est aussi vaseux qu’oiseux, puisque la foi, labellisée ou non, est cette semelle inusable pour qui n’avance pas (H. Michaux), il vaut mieux, plutôt que de faire du sur place, sauter, bondir, danser pieds nus, voire nu tout court ! Ce que je fais désormais, au physique comme au mental et au moral.

Enfin désaliénée, démoralisée, désidéologisée, ma propre vie devient alors tellement légère, parce qu’allégée et désenclavée ! Et du coup infiniment précieuse parce qu’impalpable, ne relevant que d’elle-même, ni aliénée ni téléguidée, si légère et précieuse qu’elle en devient urgente : savourer chaque instant qui passe. Carpe diem (et noctem !). Acquiescer au seul Présent. Et envoyer paître tous les ayatollahs ! Rire en douce de toutes les prétendues révélations avec Salut à la clé et Paradis en cadeau Bonux ! Oui, mon paradis, c’est aujourd’hui – les autres pouvant être effectivement un enfer. Mais j’ai la chance d’échapper à cet enfer-là, ne croyant et n’expérimentant que mon propre paradis, la petite île paradisiaque où je me suis retiré, îlot individuel et subjectif dans un océan de bondieuseries et de canulars planétaires.

Mais Lui, que fait-il ? Le grand Esprit. Le grand Manitou. Le grand Mamamouchi. Oui, que fait-il ? Celui que les ¾ des bipèdes, pour ne pas dire les 4/5, continuent d’appeler pompeusement « Dieu », que fait-il ? Que manigance-t-il ? Qui menace-t-il ? Personne. Nada. Absolument rien. Insensible aux encens et aux prières, réfractaire à toutes les apologétiques, condamné de toute éternité à se taire, pendant tout ce temps, il ne fait rien. Absolument rien. Mais pourquoi ? Tout bonnement parce qu’il n’existe pas ! C’est là sa seule excuse. Disons que, faute de preuves, il se tait, il se planque, il n’en peut mais ! Depuis belle lurette, il a fait pschitt. Mais personne ne s’avise de l’admettre. Les belles âmes ont tellement peur de crever. Et tous les religieux tellement soucieux d’emplir leur cahier des charges et leur coffre-fort ! Passons. Et que tous, ils trépassent ! Mais moi, et moi et moi, pourquoi serais-je jusqu’à la fin de mes jours le dévot ou l’esclave (souvent les deux vont ensemble) d’un ectoplasme cosmique ? Et comique. Un énorme pet cosmique ! Car il n’y a pas de miracle et patente est la tromperie. Ou plutôt si, comme le notait ce petit malin de Jean Genet : « Le miracle eut lieu : il n’y eut pas de miracle. Dieu s’était dégonflé. Dieu était creux. Seulement un trou avec n’importe quoi autour. » (in Notre-Dame des Fleurs).

Un trou et du grand vide tout autour, cela est bien peu, bien trop peu, bien trop creux pour remplir la moindre parcelle de vie. En tout cas, plus jamais la mienne : hors de l’athéisme, nul Salut ! Et infiniment plus de bien-être.

VERSION AUDIO : https://youtu.be/bpNTxipEdXE

jeudi 27 avril 2023

VIEILLES ET VIEUX LGBTQI+ : RESTER DANS L’INVISIBILITÉ

S’il est un sujet qui est tendance – en plus de la sacrosainte mutation trans – c’est bien l’injonction faite aux vieilles et vieux homos de sortir de leur prétendue invisibilité pour assumer à nouveau haut et fort leur âge, leur déclin, accessoirement leur sexualité. Dernier ouvrage en date : le livre de Francis Carrier, fondateur de Grey Pride : « Vieillir comme je suis, l’invisibilité des vieux LGBTQI+. » (Rue de Seine éditions). En gros, se plaint l’auteur, « lorsqu’on fait partie d’une communauté qui se sent discriminée, la stratégie de défense la plus courante est de se rendre invisible. Mais “ être invisible ” pour les autres, c’est aussi l’impossibilité de revendiquer sa différence. » D’où l’urgence d’une sortie du placard bis. CQFD.

Or, il se pourrait bien que moult seniors ne se reconnaissent pas dans cette injonction qui sent la militance réchauffée et son vieux rose fané. Tout simplement parce qu’ils ne se ressentent pas camouflés, ni discriminés, ni même envieux de clamer une nouvelle fois urbi et orbi qu’ils sont homosexuels ! Peut-être las d’être indument identifiés et catégorisés encore et encore du fait de leurs préférences sexuelles. En tout cas, ne se sentant pas confrontés à un vieillissement sournois, spécifique, problématique, surtout s’il reste clandestin donc honteux.

Il faut toujours se méfier des courants d’opinion et des pressions idéologiques, voire des modes, spécialement à l’heure où fleurissent victimisations pleurnichardes et réassignations identitaires. Or, l’heure est grave, nous dit-on. Parce qu’ils sont invisibilisés, les vieux gays sont devenus les martyrs inconscients de leur propre dégénérescence programmée. Il semblerait en effet qu’à peu près partout aujourd’hui, du moins en France, principalement dans les EHPAD, « on » s’acharne contre les vieux gays, « on » censure leur histoire personnelle, « on » les désexualise, « on » les réduit à n’être que des objets de soin, etc. Il est frappant de constater combien, dans maints medias, les tribuns recourent volontiers à ce « on » accusateur — pronom indéfini mal poli ! Encore l’autre soir sur France Inter, dans l’émission de l’inoxydable Laure Adler, toute heureuse d’apporter de l’eau à son moulin lorsqu’elle reçut Francis Carrier et donna une large audience aux vaticinations du cofondateur du CNAV new-look (Conseil National Autoproclamé de la Vieillesse).

Eh bien, moi, je dis : ras-le-bol du « on ». Vive le je ! Vive la paisible invisibilité ! Vive mon vieillissement heureux car indifférencié. En effet, il se trouve que si, depuis quelques mois, j’ai quitté l’Ile-de-France pour m’installer incognito dans une charmante ville du Sud-ouest, ce ne fut pas seulement la diminution de la qualité de vie francilienne que j’avais fuie à un âge bientôt vénérable, mais bien aussi une forme de communautarisme devenu aussi étouffant que contraignant. Parfois ridicule. En tout cas stressant. Il est vrai qu’éternel ingénu, j’avais failli succomber aux sirènes d’un nouvel Eldorado, bricolé par une association gay dédiée à la vieillesse, en collaboration avec les services sociaux de la ville de Paris : bientôt, dans chaque arrondissement de la capitale, des colocations pour vieilles et vieux LGBTQI+ – astucieuse manière d’occuper certains logements trop vastes du parc immobilier. Pourtant, ce projet-pilote, cet entre-soi, auquel un temps j’avais tant cru, qui m’avait tant fait vibrer, est-il aussi révolutionnaire qu’ « on » le prétend ? Va-t-il dans le sens de l’Histoire ? Rien de moins évident. Rien de plus fallacieux.

Le 29 juin 2007, date mémorable, car pour la première fois de ma vie, j’ai boycotté la Gay Pride parisienne après avoir signé une tribune parue le jour même dans Le Monde 1. En réalité, je m’étais mis en marche vers une revendication personnelle d’ « indifférence » et j’entendais le signifier par un acte hautement symbolique. Cette “profession de foi” (blasphématoire ?) de l’époque est restée indurée en moi. Mais je l’avais peu à peu oubliée, à l’âge où l’on se sent plus seul ou plus vulnérable ; à nouveau rentré dans le rang, par conformisme, par lassitude, peut-être aussi à cause d’un virus idéologique masqué et inoculé dans mon naïf prêt-à-penser. Mais voici que ma vieille lucidité soudain revint à l’assaut quand, récemment, à la perspective de signer le bail de la Coloc du Bonheur, je me suis ressaisi : quoi ! Comment ? Vieillir entre homos décatis dans des microréserves pour vieux Iroquois ! Et j’ai illico retrouvé mon ancien credo : me défier de « l’essence » de l’homosexualité, de la consistance d’une pseudo « communauté », de la « spécificité » du vieillir gay, de la survalorisation d’une prétendue culture gay et de sa mythique solidarité (intergénérationnelle), etc. Me défier, donc me défiler ! Même si je sais avec Didier Eribon, qu’on n’est jamais gay une fois pour toutes. “Identité” impalpable autant qu’irréalisable… Identité peut-être plus historique que personnelle. Identité frelatée. Davantage affichage social qu’authentique conscience de soi. Sans doute est-ce la maturité qui seule permet de relativiser et de (se) déconstruire. Bref, tout ça accumulé… cette usure devenue insignifiance voire méfiance, n’a fait que mûrir ma décision de me retirer du projet de colocation affinitaire porté par Grey Pride. Plutôt vieillir seul qu’embrigadé et socialement désigné. Et si je dois un jour revenir à mon utopie de colocation, ce projet ne pourra désormais se déployer que dans le cadre d’un habitat partagé senior mixte et indifférencié, ni typé ni genré, surtout pas endogamique, la sexualité des un•e•s et des autres (ce qui en reste !) ne constituant qu’un épiphénomène, un caractère privé, en aucun cas un pedigree coagulateur et fondateur.



Finalement, en m’éloignant de la région parisienne, en échappant à la nasse d’un certain communautarisme volontiers prescripteur autant que moralisateur, en brisant le sortilège d’un mirage affinitaire et colocataire, peut-être n’ai-je fait que revenir à ma déconstruction, à mon indépendance, à ma volonté de m’assumer en vérité. Seize ans plus tard, il était temps, non ? Mais cette fois lucidement, humblement, en faisant profil bas : «  (…) Parvenir enfin à l'indifférence. Consentir à l'insignifiance. Gommer l'appartenance. Ce pour quoi, émasculant les mots imbéciles et fuyant les flonflons, je hurle au silence comme un bâtard galeux : "Né-ga-ti-vons et rentrons chez nous !" » Voilà qui est fait. Démarche autrement plus radicale, plus exaltante aussi, que de fuir notre kermesse arc-en-ciel ! Une sorte d’exode ou d’exil, tel est donc mon choix, enfin actualisé, incarné, revendiqué. Et désormais seul dans ma campagne, je ne me sens – en tant que senior –, ni plus coupable ni plus lâche ni plus fragile que mes congénères citadins labellisés Grey Pride ! Simplement moi-même. Et heureux, autant qu’on peut l’être dans la poignante splendeur du crépuscule…

Dans un article (Libération du 18/02/2018), l’incontournable Francis Carrier – le Messie des vieux heureux – raillait ce commentaire, selon lui le plus stéréotypé et le plus infamant qui soit : « Tu n’as pas du tout l’air d’être homosexuel ! » À mon humble avis, moi dont la seule fierté est de ne pas en avoir honte, revendiquant plus que jamais l’âge de ma libido et de mon cœur plutôt que celui de mes artères, eh bien j’assume et revendique ma paisible assomption par l’effacement volontaire : soixante seize ans après ma naissance, je n’ai pas du tout l’air d’être homosexuel… tout bonnement parce que je ne le suis plus !

– Oui, pour vieillir heureux, vivons cachés !

1 https://www.lemonde.fr/idees/article/2007/06/29/bannieres-et-ostensoirs-par-michel-bellin_929606_3232.html

dimanche 23 avril 2023

RENÉ-SAMIR HELCIM NILBEL, UN ILLUSTRE INCONNU QUI DÉRANGE !

Très troublé récemment pas la réception d’un petit livre, reçu en Service de Presse (l’essai est sur la liste du prix du Roman Gay 2023) : « Le feu du Royaume » aux Éditions du Net. J’ai un peu fureté, découvrant par exemple que l’opus est paru le 23 mars dernier, premier jour du Ramadan et que l’histoire se termine sur le parvis de Notre-Dame de Paris ! Un paradoxe qui m’a donné envie d’aller y voir de plus près.

Écrit par un mystérieux primo-romancier d'origine kabyle, voici donc un livre ovni aussi fascinant qu’irritant. Tant pour le fond que par la forme. À travers le destin assez improbable d’un converti de l’Islam s’acharnant à devenir prêtre catholique et sauvant sa peau en faisant raconter ses déboires par un écrivain-conseil, se dessinent plusieurs thématiques entremêlées : l’éloge d’une belle amitié intergénérationnelle… un règlement de compte vis-à-vis de l’institution catholique experte en homophobie et en hypocrisie (cf. le choquant chapitre 2 qui met en scène un prêtre psychanalyste à la thérapie… tactile particulièrement appuyée !)… et surtout, une fascination-identification quasi maladive avec le Jésus des Évangiles, « Isa, le fils de Marie », selon le Coran.

Écartelé entre ses deux cultures, entre ses propres contradictions (sa soif de pureté et sa complaisance vis-à-vis du Père Antonina, son psy), tiraillé entre son désir de s’intégrer dans son séminaire francilien et la société bourgeoise et sa rébellion à fleurs de peau… René-Samir en devient un brin parano. Alors se pose la question : SAINT ou NÉVROSÉ ? Il y a néanmoins en cet homme-enfant une sorte de Pureté fondatrice, une innocence qui fut depuis son enfance régulièrement malmenée et blessée. D’où le bouleversant épilogue mettant brutalement fin au récit qui, à l’origine, devait comporter 12 chapitres (« … à cause du chiffre sacré et de l’encouragement à faire la paix, pas la guerre, parce que Jésus a choisi 12 disciples et qu’il y a 12 fois le mot imam dans le Saint Coran. »). Donc un livre amputé, quasiment mort-né.

Néanmoins, dans ce malheur annoncé, dans les mots maladroits, il y a ici, je trouve, une vibration, une confiance, une Joie formidable. Ce qui a fait dire à un critique, sur la page d’Actualitté 1 consacrée à l’ouvrage : « (…) Il y a dans ce personnage quelque chose de “L’Idiot” dostoïevskien. Celui qui semble au prime abord stupide et par là, découvre le chemin de l’intelligence véritable. » L’éloge est sans doute exagéré mais pourtant finement observé, si le lecteur sait lire entre les lignes, y débusquer à la fois l’humour et la douleur, en cheminant pas à pas avec notre anti-héros à travers et par-delà sa tchatche hallucinée.

Personnellement, lorsque j’ai refermé ce livre fascinant, avec émotion et regret, pas mal d’irritation aussi (surtout à cause du « style » ! On doit parfois s'y reprendre à deux fois pour retrouver le début de la phrase... mais ce n'est pas du Proust !!!) ), j’ai relu l’épigraphe du début. Eh bien, le grand Bernanos semble avoir tout compris avant l’heure de René-Samir, éternel Enfant Prodigue : « Certes ma vie est déjà pleine de morts. Mais le plus mort des morts est le petit garçon que je fus. Et pourtant, l’heure venue, c’est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie, rassemblera mes pauvres années jusqu’à la dernière, et comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre, entrera le premier dans la maison du Père. » Que peut-on souhaiter de mieux ce gosse attardé de René-Samir (alter ego de l’auteur ?), lui qui jette ses derniers feux dans sa folie d’Amour : « … Dieu n’est plus un tyran ou un bourreau obligé comme Allah. Car, entre nous, ma vieille religion, c’était une religion de la terreur, pas de l’Amour ! Or, notre “Dieu des Armées” à nous – pas celui des feujs très démodé ou celui des rebeus radicalisés – le Dieu chrétien, le même forcément et aussi pas le même, rien à voir ! c’est un Dieu désarmé, un papa poule qui part à la recherche de la brebis perdue, mon Abi ana hnine halwa liya à moi, quoi ! »

Bonnes retrouvailles à l’orphelin ! Et bonne découverte aux lectrices et aux lecteurs de mon Blog, à condition d’être curieux et sans a priori.

1 https://actualitte.com/livres/1523443/le-feu-du-royaume-rene-samir-helcim-nilbel-9782312131955

DÉSIR ET PLAISIR

À un ami qui se dépêtre dans sa vie (en tant que prêtre gay, doit-il rester dans les Ordres ou quitter ? Car il court éperdument après le grand Amour), j’écris ceci :

« "Le grand amour", comme tu l’appelles imprudemment, je pense, n'existe pas. Et c'est tant mieux, car source de frustration et d’exaspération... avec l'inévitable séparation. Et comme tu fus sevré d'amour (maternel), le trou en toi... le vide est immense, mais je doute qu'un partenaire, surtout s'il est gay, et même blondinet chétif, puisse le comprendre, disons en prendre la mesure, et surtout le combler ! Il te faudra alors diminuer la voilure... ne pas espérer trop... surtout ne pas trop espérer d'une pseudo communauté arc-en-ciel marquée par un hédonisme et un jeunisme exacerbés. Pas très exaltant ? J'en conviens. »

Et je prolonge in petto et sur mon Blog ma réflexion du jour :

Pour moi, ayant échappé à ce milieu et rejeté l’Église hypocrite autant que castratrice, je trouve de plus en plus mes marques : je ne crois qu'en l’Amitié. J'ai évacué le grand Amour, en totale disgrâce ! L’indispensable sexe, lui, se déploie librement et ingénument, mais dans une sorte d'antre soigneusement cadenassé. Soit l’antre des courriels enflammés soit celui du lit hospitalier. Rite d’union et de communion tactile, secrète et mystérieuse. Là, en totale apesanteur (malgré la pesanteur de nos virils attributs et leur obscène arrogance !), nous osons TOUT : tout faire, tout oser, tout nous dire (soit se traiter de "salope", soit susurrer, comme le fait mon sex friend, "mon papounet d'amour" !. Sauf qu’il n’est jamais question d’Amour entre nous ! Rien ne porte à conséquence, car tout est JEU. Suavité rime avec facticité. Même la sémantique, écrite ou susurrée, est jeu, badinerie, scabreux marivaudage. L’essentiel reste le corps.Point. Le corps sacré. Le corps consacré à la Volupté. Qu’il exulte ! D'où notre devise : jouir, te faire jouir, nous réjouir. Par ailleurs, il est très important pour moi que mon amant ne soit pas gay ! Surtout pas. J'apprécie que son approche érotique soit indifférenciée, selon la distinction que j'ai établie : si le désir est sexué, le plaisir est unisexe. Tout simplement ! Donc, pas besoin d'étiquettes ! Nul besoin de pedigree. Seule la magie des orifices... non labellisés ni normalisés. C’est la chair aimantée qui gère et qui amène à son exaltation naturelle, innocente, sans connotation (sexuelle) homo ou hétéro : seule la magie, la magnifique énergie – solitaire ou duelle– qui engorge et appelle expansion et rassasiement heureux ! Promesse de vitalité et d’éternité. Et répétition du rite. Car, disait Pasolini, « cet acte, il faut mille fois le répéter : parce que ne pas le répéter, signifie éprouver la mort comme une douleur frénétique, qui n’a pas sa pareille dans le monde vivant. » (in Poésies, La réalité. Poésie en forme de rose 1961-1964).

Donc, répétons, répétons, répétons encore… Niquons l'Amour et oublions tout le reste qui n’est que littérature romantique et geignarde moraline.

dimanche 8 janvier 2023

LE THURIFÉRAIRE

En ce dimanche pluvieux m’est revenu à la mémoire la phrase d’Octave Mirbeau stigmatisant le piège esthético-sentimental que constitue la liturgie catholique (en voie de disparition) : « (…) les griseries de l’encens, l’onanisme moral des adorations. » Bien sûr, aussitôt, ces mots ayant fait tilt, je me suis récité mon poème Le thuriféraire — émoi vécu dans la crypte des Missions étrangères de Paris. À cette époque, il y a quelques années seulement, je croyais que la greffe allait prendre et j’aimais à respirer de tels effluves en m’imaginant que, ardent et enivré, j’allais pouvoir reparler à Dieu… alors que Lui ne pourrait pas me répondre, trop occupé à m’écouter ! Bref, j’ai revécu ma prose et aussitôt décidé de la SONORISER plaisamment, puisque, sur la Toile, il est aisé de trouver gratuitement les logiciels adéquats. Le résultat est donc ici , évidemment à humer au milieu des volutes parfumées :

https://youtu.be/3Wav2kdlsU0

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Références de l’opus dont est tiré ce poème (Prix de la Poésie gay 2019)

https://www.amazon.fr/D%C3%89LICES-INFAMIE-homosensuels-Michel-BELLIN/dp/B08HGPZ1DN

DIEU, DÉBAUCHE D’AMOUR

DIEU, DÉBAUCHE D’AMOUR

C’était dans la nuit du 6 au 7 janvier. Je lisais un ouvrage passionnant et dérangeant d’Octave Mirbeau « L’abbé Jules ». Pas si bizarre que ça de la part d’un auteur qui, en début d’année, fit paraître son autobiographie déjantée et morcelée « Quelques amours de l’abbé Julius ». Qui se ressemble s’assemble. Bref, je tombe sur un passage inouï. Je le relis et bondis pour écrire ce passage de feu. Et pour aussi me livrer céans à une très artisanale séance d’enregistrement. Car l’auteur de ce blog est ainsi : passionné ! Battre le fer tant qu’il est chaud… avant que la camarde ne nous fauche !

Voici le texte et, en complément infra, la suite des réjouissances.

Dans ce passage, au chapitre IV du roman, l’abbé s’adresse à son jeune neveu dont il assume une éducation absolument aberrante, je veux dire dans la configuration rousseauiste.

« (..) Nous qui ne sommes pas des bêtes, par malheur, nous faisons l’amour autrement… Au lieu de conserver à l’amour le caractère qu’il doit avoir dans la nature, le caractère d’un acte régulier, tranquille et noble… le caractère d’une fonction organique, enfin… nous y avons introduit le rêve ; le rêve a apporté l’inassouvi ; et l’inassouvi, la débauche. Car la débauche, ce n’est pas autre chose que la déformation de l’amour naturel, par idéal…

Les religions — la religion catholique surtout —se sont faites les grandes entremetteuses de l’Amour. Sous prétexte d’en adoucir le côté brutal, qui est le seul héroïque, elles en ont développé le côté pervers et malsain par la sensualité des musiques et des parfums, par le mysticisme des prières et l’onanisme moral des adorations… comprends-tu, petit ?

Autrefois, j’ai cru à l’amour, j’ai cru à Dieu. J’y crois encore souvent, car de ce poison on ne guérit pas complètement. Dans les églises, au jour des fêtes solennelles, étourdi par le chant des orgues, énervé par les griseries de l’encens, vaincu par la poésie merveilleuse des psaumes, je sens mon âme qui s’exalte… Elle frémit en tous ses vagues enthousiasmes, en toutes ses aspirations informulées, comme ma chair frémit, secouée en toutes ses moelles devant une femme… nue ! Ou seulement devant son image rêvée…

Ah ! les religions, elles savaient ce qu’elles faisaient, va, ces courtisanes ! Elles savaient que c’était le meilleur et le plus sûr moyen d’abrutir l’homme et de l’enchaîner… Alors les poètes n’ont chanté que l’Amour, les arts n’ont exalté que l’Amour… Et l’Amour a dominé la vie, comme le fouet domine le dos de l’esclave qu’il déchire, comme le couteau du meurtre, la poitrine qu’il troue !... Du reste, Dieu !... Dieu, ce n’est qu’une forme de débauche d’amour ! C’est la suprême jouissance inexorable, vers laquelle nous tendons tous nos désirs, et que nous n’atteignons jamais. »

Extrait de L’abbé Jules, d'Octave Mirbeau.

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Michel Bellin lit Octave Mirbeau. Conjonction… Incantation… Imprécation. Désintoxication… Et, comme dans le texte du grand démystificateur (1848-1917), il est question à la fin de l’autobiographie déjantée de Bellin (coup double aux éditions LEN et AMAZON independently published), dans le tout dernier chapitre également, d’un mystérieux coffre. Celui-ci ne révèlera-t-il lui aussi son sulfureux secret que dans les flammes… flammes de l’Amour honni… ou de l’Enfer promis ? Tandis que se déroulera à l’orgue l’ineffable cantilène du Cantor (Pastorale BWV 590).

Sur Octave Mirbeau, voir https://youtu.be/S3IpNioIDOw

Concernant Michel Bellin, c’est ici : www.michel-bellin.fr

Coordonnées éditoriales de L’abbé Jules https://www.lagedhomme.com/ouvrages/octave+mirbeau/l%27abbe+jules/3678

Coordonnées éditoriales de Quelques amours de l’abbé Julius : https://www.leseditionsdunet.com/livre/quelques-amours-de-labbe-julius

Et concernant la fragrance mysticoérotique de l’encens dans les église, le lecteur pourra relire :

https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-thuriferaire

POUR ÉCOUTER LE TEXTE DE MIRBEAU ENREGISTRÉ PAR BELLINUS (4 minutes), ouvrir ce lien :

https://youtu.be/op01VKsye6U

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